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Université populaire gesticulante – entretien avec Régine Mary

Renouer avec l’impertinence

Du 19 au 28 avril 2013 au théâtre du Grand Parquet.

Du 19 au 28 avril, le théâtre du Grand Parquet accueille la troisième session de l’Université populaire gesticulante. Rhinocéros vous avait déjà présenté l’an dernier cet événement faisant la part belle à des personnes venant exposer, de manière ludique et édifiante, leurs expériences passées dans différents domaines, de la culture à l’agriculture en passant par l’éducation, Pôle Emploi, les médias ou l’artisanat.

Régine Mary présentera le dimanche 21 avril sa conférence « Sainte ISO, protégez-nous. Les normes et la marchandisation en système capitaliste ». La « gesticulante » coordonne également les neuf conférenciers de la session 2013.

Neuf conférences contre quinze l’an passé : y a-t-il eu une sélection des thèmes ?

Régine Mary : Non, simplement moins d’inscrits. Les conférences sont écrites lors des ateliers de formation de la Scop Le Pavé sous la direction de Franck Lepage, et chacun arrive avec son projet. Chaque spectacle est donné à la première personne et constitue le reflet d’une expérience professionnelle et personnelle, même si je les vois plus comme un prétexte pour faire parler les gens d’eux-mêmes. Nous étions onze à suivre la formation, deux n’ont pu participer à la session pour des raisons personnelles. Ce fut une expérience incroyablement enrichissante.

On devine que des liens forts se créent entre conférenciers, l’équipe de l’an dernier avait d’ailleurs fondé un site Internet et un blog. Où en est l’organisation des gesticulants ?

R.M. : Elle se poursuit : nous sommes en train de créer une association, La Grenaille, qui regroupera tous les conférenciers gesticulants, toutes années confondues, soit une cinquantaine de personnes. L’idée est de nous donner un cadre global, une direction, même si ce sont les imprévus qui donnent les résultats les plus intéressants pendant les conférences. Nous pensons déjà à des universités d’été, des ouvertures vers certains festivals…

Où en est la diffusion des spectacles ? Les conférences continuent-elles de tourner sur le territoire ?

R.M. : Celles de l’an dernier tournent et prennent tournure : elles sont reconnues et il arrive de plus en plus que des petites salles de spectacle programment une ou deux conférences gesticulées dans l’année. Cela dépend évidemment des responsables de salle. Nous sommes « victimes » du côté nouvelle formule : c’est nouveau, donc ça effraie autant que ça attire. Mais il y a un courant en province, le phénomène commence à être connu, même s’il reste dans des niches très politisées, type organisation d’éducation populaire, Front de gauche… on passe beaucoup par les syndicats, mais aussi par les branches professionnelles, ce qui permet de toucher directement les travailleurs. D’une représentation à l’autre, on rencontre des gens, on affine la conférence au fil des débats et des échanges. Personnellement je ne conçois pas de conférence sans débat derrière. La mienne, par exemple, traite des normes, et même si j’aborde le sujet à travers un angle bien spécifique, beaucoup d’abandons de métier ont eu lieu à cause de « remises aux normes », de « démarches qualité », dans de nombreux secteurs différents. Le sujet peut parler à beaucoup de gens.

En général les gens qui voient une conférence gesticulée adhèrent rapidement à la formule. À quoi est dû cet engouement ?

R.M. : J’ai reçu récemment un courrier d’ex-collègues avec le programme du Grand Parquet, ma photo et un titre : « Une ancienne employée prend sa revanche sur les planches ». Je ne m’y attendais pas, mais j’aime. Ces conférences donnent de l’espoir. Quand on sort d’une situation difficile, comme la perte d’un emploi, on doit pouvoir en parler, et ces spectacles redonnent la parole au peuple. Et ils permettent aussi de renouer avec l’impertinence, après des années où la pensée dominante nous a poussés à faire le minimum de vagues.

Le programme des conférences de la 3e session de l’Université populaire gesticulante au Grand Parquet :

Samedi 20, 17 h
Nathalie Rouquerol : De Néandertal à Fukushima, la préhistoire c’est toute une histoire
Samedi 20, 20 h
Romain Ladent : Je ne fais pas de politique, je pose des questions
Dimanche 21, 15 h
Selma Reggui : L.236-9. Coulisses de l’entreprise
Dimanche 21, 18 h
Régine Mary : Sainte ISO, protégez-nous. Les normes et la marchandisation en système capitaliste
Vendredi 26, 19 h
Marc Pion : Du tracteur à l’âne, ou comment un agriculteur productiviste redevient paysan…
Samedi 27, 17 h
Yaëlle Pierrat-Frappé : À qui profitent nos silences ? Y a des signes qui ne trompent pas !
Samedi 27, 20 h
Laurence Nogues : « Bouge de là » ou l’injonction économique de la mobilité. Nouvel esprit du capitalisme ?
Dimanche 28, 15 h
Nicolas Gaillard : La magie du travail social ou comment faire disparaître les pauvres (et les inégalités).
Dimanche 28, 18 h
Marie Kerhuel : De l’utopie à la bêche – Faim dans le monde et fins politiques.

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