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Betty Colls de Paul Jeanson

Bande à part

Jusqu’au 28 juillet 2013, théâtre de Belleville

Henri et Areski, deux amis autant poètes que déglingués, traînent leur jeunesse dans un Paris fait de nostalgie et de modernité. Sur leur route, ils croisent Betty Colls, une demoiselle aussi avide d’excès qu’eux. De délires en vibrations sensuelles et avec une dégaine qui nous rappelle la Nouvelle Vague de Godard et Truffaut, voilà notre bande à part entraînée dans un tourbillon d’amour, de folie et de liberté à tout prix. Ce spectacle puissant, écrit et  mis en scène avec brio par Paul Jeanson, revendique une théâtralité joyeuse comme remède au vide existentiel. Rare et enivrant, Betty Colls se vit avec intensité : dansons !

Il est des spectacles qui vous prennent au ventre comme des papillons. La force de Betty Colls : tout miser sur le corps. Le beau texte très poétique de Paul Jeanson pourrait se perdre dans les méandres de son propre lyrisme. Il n’en est rien. Parce que chaque image (aussi surréaliste soit-elle) est imprimée, donnée puis recrachée par les comédiens, le texte devient un acteur à part entière du spectacle. Compagnon d’infortune, il traduit un besoin de s’idéaliser pour tout vivre jusqu’au bout, à fond, à l’arrachée, à la vie à la mort. En se dispensant du verbeux et en misant définitivement sur le mot comme moteur de l’action, le spectacle appuie la fulgurance de son geste théâtral.

Pour seuls accessoires, les comédiens possèdent leur corps. La lumière découpe parfois l’espace mais elle permet davantage l’évocation que l’illustration véritable des lieux et/ou des sentiments intérieurs des personnages. Cette mise en espace du vide place l’imaginaire au centre du travail de plateau. La stylisation des corps est précise, la locution musicale et la pantomime judicieusement employée. Dans ce rien, le propos de la pièce trouve toute sa signification : quand il n’y a pas d’autre choix que l’ennui, peut-on s’amuser de tout et aller jusqu’au bout du rien ?

Vivants !

La liberté de ton évoque Jules et Jim, Bande à part, La Maman et la putain où d’improbables triangles amoureux jouent avec la vie et la mort. Cet hommage revendiqué de Paul Jeanson (d’entrée de jeu, Betty se demande ce qu’elle peut faire parce qu’elle ne sait pas quoi faire1!) assume aussi ses différences. Replacé dans notre monde contemporain, la pièce marque ses distances avec la jeunesse des années 1960. Paumés dangereux, les héros de Betty Colls se coltine les dérives de notre époque actuelle : violence gratuite, snuff movie… De la liberté joyeuse à l’extrémisme, n’y aurait-il qu’un pas ? Faut-il le franchir ou se conformer à une époque qui nous écrase sans autre forme de procès ? Paul Jeanson ne condamne pas et laisse ouverts les battants de la réflexion. Son spectacle est avant tout un poème vibrant que nous ne pourrions que trop vous conseiller d’aller voir. Chapeau bas, les artistes, sans tiédeur et avec vie, toujours !

Betty Colls écrit et mis en scène par Paul Jeanson, théâtre de Belleville.
Avec : Bastien Bernini, Ophélie Clavie, Sophie de Fürst et Paul de Launoy.
Crédits photographiques : DR.

  1. Parole célèbre d’Anna Karina dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard. []

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