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Kiss & Cry de Michèle Anne de Mey et Jaco Van Dormael

Jeux de mains

Jusqu’au 7 juillet 2013, théâtre du Rond-Point

Bienvenue dans le Nanomonde ! Recouverte d’un plateau de cinéma où s’organisent des caméras, des rails de travellings et des scènes miniatures posées sur des tables, la scène du Rond-Point ressemble davantage à un tournage de Georges Méliès – version fourmi – qu’à une salle de spectacle vivant. Objet hybride qui mêle tout à la fois le théâtre, la danse, la marionnette, le cinéma, les arts plastiques, etc., Kiss & Cry est une pièce inclassable. Filmée en temps réel, l’histoire se découvre sur grand écran. Ici pas de comédiens en entier mais deux paires de mains actrices et danseuses qui figurent à elles seules les personnages de cette fable poétique originale. Bouleversante aventure collective qui mise son onirisme sur le tout petit pour dire le très grand, ce spectacle se résume en un mot : splendide.

Suzanne a vieilli. Dans sa vie, elle a connu cinq amours. Qu’en reste-t-il ? Que retient la mémoire ? Qu’annule-t-elle ? Partant de ce questionnement simple, Michèle Anne de Mey et Jaco Van Dormael unissent leurs deux arts : la danse et le cinéma. Évoluant dans divers espaces scéniques (une maison Playmobil, un petit train, un aquarium, une table recouverte de sable…), les mains des deux comédiens jouent, dansent, interprètent les différents amants de Suzanne. L’identification qu’elles permettent font montre d’un expressionnisme surprenant. Chaque mouvement de la main traduit avec une vérité sensuelle les émotions des personnages. Rendues vivantes et magnifiées par des séquences de danse où elles voltigent et ondulent, rarement l’érotisme aura été aussi bien soufflé qu’à travers ces doigts qui se cherchent. Entre burlesque et grâce, elles deviennent des êtres à part entière, reflétant nos corps et nos émois à échelle réduite.

Rien que du toc

Ici, l’univers de la miniature laisse libre cours à la fantaisie. Recréer une patinoire ? Pas de soucis : prenez une toile argentée pour la glace, une lampe de poche pour les spots et rajoutez-y des applaudissements en bande-son. Suivez le tout avec une caméra haute définition. On s’y croirait ! Voir les trucs et astuces permettant la conception des différents univers de Kiss & Cry possède un côté rigolo et réjouissant. La distanciation créée par la mise en abyme renforce paradoxalement l’empathie portée au récit. Il est alors possible de s’émouvoir tout en ayant conscience que le spectacle qui se fabrique sous nos yeux n’est qu’illusions. La neige, rien que du sucre, la vie que du faux. Tout en goûtant à l’histoire, c’est la création elle-même qui se raconte – son geste, son esprit collectif, son toc et sa vérité.

La pièce jouit d’un dispositif technique exceptionnel. Trois bouts de ficelles ne sauraient suffire à recréer les lumières et  la qualité d’image et de son de ce poème tout en finesse. Mais là où certains spectacles font de la surenchère d’effets, Kiss & Cry, lui, va à l’essentiel : raconter une histoire, sans esbroufe. Au milieu des jouets de notre enfance et du doux texte mélancolique de Thomas Gunzig, leurs mains/nos mains disent le cœur et l’élan et la vie qui passe. Ne manquez pas ce bijou !

Kiss & Cry de Michèle Anne de Mey et Jaco Van Dormael, création collective de Grégory Grosjean, Thomas Gunzig, Julien Lambert, Sylvie Olivé et Nicolas Olivier, théâtre du Rond-Point.
Avec : Jaco Van Dormael, Renaud Alcade, Harry Cleven, Michèle Anne de Mey et Frauke Mariën.
Crédits photographiques : Marteen Vanden Abeele.


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