romeo_&_juliet_thumb
Roméo & Juliet d’après William Shakespeare

Big bazar

Jusqu’au 28 juillet 2013, Vingtième Théâtre

Conséquence de son universalité, la pièce Roméo et Juliette a été accommodée à quasi toutes les sauces. La compagnie Casalibus en propose aujourd’hui une version glam-rock avec une équipe de comédiens-circassiens-chanteurs et une Juliette largement inspirée du David Bowie de l’époque Alladin Sane1. Si l’interprétation est souvent juste, la mise en scène s’éparpille dans de trop nombreuses directions, rendant l’ensemble confus.

L’idée de départ est plutôt alléchante : à partir d’une distribution entièrement masculine, plonger la plus romantique des pièces shakespeariennes dans le grand bain du glam-rock. Avec ses stars ultra-maquillées et ses codes féminin/masculin bien bousculés, l’époque choisie se prête à ce genre de jeu. Si les références sont bien là avec en introduction le morceau Time2 chanté a capella, ou encore avec la tenue de Juliet, ce Roméo & Juliet se heurte très vite à un univers mal défini.

Malgré quelques paillettes, les costumes ne véhiculent rien du glamour censé accompagner le rock, l’esthétique d’ensemble étant plutôt disgracieuse. Les personnages masqués, au jeu inspiré de la farce, renvoient à la commedia dell’arte et les choix musicaux naviguent des sixties aux eighties sans que l’on sache trop pourquoi. Résultat, le spectateur est balloté dans un monde aux contours flous, voire contradictoires, dont on ne comprend guère le sens.

Une sensation que l’on retrouve dans l’adaptation du texte. Parfois proche de l’écriture originale, parfois modernisé, parfois accompagné de clins d’œil plus ou moins heureux à des morceaux populaires, le tout donne l’impression d’un grand melting pot pas toujours bien maîtrisé.

À force de vouloir mettre en valeur tous les savoir-faire de ses (certes talentueux) interprètes, Vincianne Regattieri semble perdre de vue l’histoire et la cohérence générale du spectacle. Quelques pirouettes de moins laisseraient plus de place à l’émotion et la narration, notamment pour le personnage de Juliet, dont on regrette qu’elle soit littéralement traitée comme une toupie durant une partie de ses monologues. Certains dispositifs scéniques alourdissent inutilement l’ensemble, telle la cage-cachette où va se réfugier Roméo après avoir été banni. Peut-être cette installation est-elle mieux adaptée à des lieux plus grands que le Vingtième Théâtre, mais dans ce cas, pourquoi ne pas avoir ajusté la scénographie le temps de cette série de dates parisiennes ?

Dommage que ce foisonnement d’idées ne soit pas mieux canalisé : Roméo & Juliet laisse l’impression d’un rendez-vous manqué.

Roméo & Juliet d’après William Shakespeare, adaptation d’Alain Sizey et Vincianne Regattieri, mise en scène de Vincianne Regattieri, Vingtième Théâtre.
Avec : Lucas Anglarès, Sinan Bertrand, Alexandre Bonstein, Christophe Bonzom, Lauri Lupi, Léo Messe.
Crédits photographiques : Charlotte Spillemaecker.

  1. Album de David Bowie sorti en 1973, incluant entre autres The Jean Genie. []
  2. Extrait d’Alladin Sane de David Bowie. []

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *