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Le garçon sort de l’ombre de Régis de Martrin-Donos

Amour monstre

Jusqu’au 28 juillet 2013, Théâtre de Poche Montparnasse.

Ambiance étouffante, lumière crépusculaire, texte aiguisé et cru, Le garçon sort de l’ombre met en scène le combat d’un jeune homme pour se libérer des griffes de sa mère. Le père est loin, le frère est en fuite. À la fois trop unie et désunie, cette famille-là fait mal. Face à l’ogresse et aux absents qui le hantent, l’adolescent aura-t-il les épaules assez solides pour devenir lui-même ? Une réflexion puissante et noire sur la maltraitance ordinaire.

À 18 ans, Jean vit seul avec sa mère. Possessive, castratrice et  abusive, elle fume clope sur clope sans autre occupation que de guetter son fils. Sa vie est centrée sur lui. Il n’en peut plus d’être sa chose, son obsession.  Mais c’est David contre Goliath. Elle est toute-puissante, omniprésente, menaçante; lui vit dans l’ombre, soumis, vacillant sur ses jambes, sans aucun appui. Sa seule liberté il la trouve dans ses échappées près du phare ou de la boîte de nuit où il fait de curieuses rencontres. Mais l’extérieur est aussi menaçant que la maison. Nul échappatoire.

Le texte habité de Régis de Martrin-Donos renvoie à certaines pièces crépusculaires de Bernard-Marie Koltès où la vie est un combat féroce, où l’autre est une menace, où la poésie est crue. L’humour grinçant en plus. Les scènes alternent entre intérieur et extérieur au rythme des errements du jeune homme pour guetter le retour du père absent, pour retrouver son frère. De la lumière blafarde de l’écran de télé familial au néon bleu du phare puis à celui rouge de la boîte de nuit, il change de décor mais pas de karma. Il croisera une prostituée et un marin qui ne feront qu’appuyer là où ça fait mal. Retour à la case départ.

La mère vulgaire et tyrannique est incarnée à merveille par Virginie Pradal. Araignée tentaculaire dont la toile est solidement tissée autour de sa proie, elle est parfaite en monstre manipulateur qui alterne entre larmes de désespoir et cris de menace pour mieux tenir son fils. Instable et vacillant, Sylvain Dieuaide impose une présence fiévreuse aussi à l’aise pour dire la peur que la révolte, la naïveté que l’impuissance. Funambule en déséquilibre permanent, il semble flotter, ne jamais bien camper sur ses pieds.

Cri de révolte antifamille, Le garçon sort de l’ombre propose une réflexion salutaire sur le rôle de parent. En dénonçant la perversion de cette mère, la pièce rappelle que le véritable enjeu est d’encourager ses enfants à prendre leur envol pour devenir eux-mêmes.

Le garçon sort de l’ombre de Régis de Martrin-Donos, mise en scène de Jean-Marie Besset, Théâtre de Poche Montparnasse.
Avec : Virginie Pradal, Sylvain Dieuaide, Sophie Lequenne ou Chloé Oliveres et Marc Arnaud.Crédits photographiques : Pascal Gely.

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