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Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand

La faconde gasconne

Jusqu’au 15 décembre 2013, théâtre des Gémeaux

Épique et romantique, mélangeant farce et drame, Cyrano de Bergerac se transforma en succès immédiat dès sa première représentation. Aujourd’hui étudié à l’école, vu et revu au cinéma comme à la télé, le héros d’Edmond Rostand est partout, mais rien ne vaut de le retrouver dans son habitat naturel : la scène. Georges Lavaudant, metteur en scène reconnu et ayant les moyens de ses ambitions, en propose une version luxueuse qui fait résonner haut et fort la faconde du texte. Même si quelques fioritures agacent, le verbe domine et Cyrano impose sa séduction intemporelle.

Cyrano de Bergerac, mise en scène de Georges LavaudantLe panache de son personnage, Rostand l’adopte pour la pièce elle-même, la faisant débuter par du théâtre dans le théâtre, son héros venant houspiller les mauvais acteurs et pauvres rimeurs. Le personnage est planté, ainsi que les ambitions de son auteur. Tout comme pour Hamlet, Cyrano de Bergerac ne fonctionne que si l’acteur du rôle-titre est à la hauteur du défi. Lavaudant a confié le personnage du fier Gascon à un complice de toujours, Patrick Pineau. Il compose un Cyrano énergique et subtil, un mauvais garçon au grand cœur qui porte sur ses larges épaules la pièce de bout en bout. Le parti pris d’un débit rapide est cohérent et bien tenu, même si l’on aimerait parfois que la direction prenne un peu plus le temps des mots.

Une intimité palpable

Marie Kauffmann compose une Roxane très juste, voulant tout de l’amour et prête à tous les subterfuges en retour. Frédéric Borie propose un Christian moins bête que maladroit, offrant une couleur plus complexe à un personnage qui peut parfois être falot. Dommage qu’il n’y ait Cyrano de Bergeracpas plus de tensions sexuelles entre ces deux-là, car si les compositions de chaque comédien sont de qualité, il manque l’alchimie qui nous ferait vraiment croire à leur attirance. A contrario, Roxanne et Cyrano arrivent à faire vivre une relation nourrie d’une intimité palpable qui rend la fin d’autant plus cruelle.

Les quelques parties chantées ne sont techniquement guère convaincantes et certains effets sont un peu appuyés – notamment dans les choix de lumières et dans la bande son –, mais malgré ces maladresses, ce Cyrano de Bergerac réussit l’essentiel : faire entendre et vivre le texte. De la tirade des nez à la scène du balcon en passant par les « Non, merci », inutile de résister : laissons-nous retomber amoureux de l’incroyable Cyrano.

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, mise en scène de Georges Lavaudant, théâtre des Gémeaux.
Avec : Patrick Pineau, Marie Kauffmann, Frédéric Borie, Gilles Arbona, François Caron, Olivier Cruveiller, Laurent Manzoni, Muriel Solvay, Bernard Vergne, Emmanuelle Reymond Lise, Pierre Yvon, Stéphane Czopek, Alexandre Zeff, Loïc-Emmanuel Deneuvy, Julien Testard, David Bursztein, Marina Boudra.
Crédits photographiques : Hervé All.

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