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De nos jours [Notes On The Circus] de Ivan Mosjoukine

Inventaires

Jusqu’au 5 janvier 2014, Monfort théâtre et du 22 janvier au 9 février 2014 au Centquatre (puis en tournée)

D’un postulat assez conceptuel naît une œuvre humaine dont la poésie et l’humour prennent leurs racines dans un travail de recherche insatiable. Aux amoureux de l’art vivant et aux amoureux de la vie tout court, De nos jours [Notes On The Circus] raconte via sa bible des gestes et des schémas clownesques, les émotions qui passent et les images qui les traduisent : libre à chacun d’y trouver sa langue.

Un compteur fait défiler des chiffres : il part de 1 et ira officiellement jusqu’à 78. Sur scène est dessiné un carré blanc à l’intérieur duquel quatre comédiens-circassiens jouent. En dehors du carré se trouvent les coulisses (visibles) dans lesquelles s’amoncellent un bazar incroyable d’accessoires, matériaux et costumes variés. Chaque chiffre du compteur correspond en fait à une note sur le cirque. Qu’elle soit courte ou plus longue, elle met en scène un instant de création qui, pour certains, peuvent se répéter plus tard dans le spectacle et revenir, identiques, légèrement changés ou carrément différents, à la façon d’un étonnant exercice de style à la Queneau ou d’un inventaire à la Prévert.

Difficile de résumer la pièce tant elle fourmille de tours et détours et s’affranchit d’une quelconque narration. Programme en main, il est possible de suivre les notes/scènes en se référant à leurs titres. Certaines éclaireront nos lanternes (19. Note sur le fait de perdre ses mots en public), d’autres susciteront des sensations plus personnelles voire mystérieuses (52. Note sur l’envers ou note sur l’avenir du corps). L’ensemble de ces perles questionne le rôle de l’artiste en tant que passeur d’images et d’émotions. Comment exprimer l’inexprimable ? Que produit l’association de deux motifs ? Qu’en est-il de la répétition à l’infini de ce comédien qui gravit un escalier, tombe dans le vide et, chaque fois, se relève et se tue à nouveau, toujours pareil et chaque fois pourtant différemment ? Que signifient ces rires que nous produisons quand survient le manqué, le raté, l’inassouvi ?

De nos jours [Notes On The Circus] développe presque un essai sur la mécanique du jeu. En construisant et déconstruisant l’art de chuter, l’art de la rupture, l’art du timing, etc., grâce aux différents corps de métier du cirque (funambulisme, danse, clown, acrobaties…), les quatre fabuleux interprètes de la pièce interrogent leur art tout en secouant la vie. Parce que la poésie permet de souder des symboles pour en faire naître de nouveaux, le recours ici aux figures de style accouche de brèves dans lesquelles se racontent l’amour, la mort, la grâce, la gêne, l’oubli et tant d’autres choses encore. Il suffit d’un fil, trois fois rien, pour qu’éclose le symbole.

Tout sur le plateau se fait à vue. Musiques et lumières sont gérées en direct par les comédiens et cette valorisation de l’art en train de se faire, sans dimension magique, amène d’autant plus de fascination que du concret naît l’abstrait et de l’abstrait naît pour chaque spectateur une idée propre, un sentiment unique, un intérêt ou non pour les différentes notes proposées. Ainsi lorsque la géniale Vimala Pons part dans un monologue incompréhensible de quelques minutes où elle saute d’une émotion à une autre, sans efforts apparents, que nous dit-elle ? Qu’en dehors du carré de jeu, tout va bien et qu’elle est calme. Qu’à l’intérieur de soi-même tout va si vite, les paroles s’emballent et le cœur avec. Elle nous rassure car tout est maîtrisé. Elle nous fait rire car rien ne semble l’être.

La dernière note du programme porte le numéro 78 et s’appelle Note sur l’oubli. Alors, avant que ne vienne la mort, foncez au Monfort, vous comprendrez mieux ce poème qui n’a d’expérimental que ses rouages – puisque dedans c’est la vie qui y bat.

De nos jours [Notes On The Circus], écrit et mis en scène par Ivan Mosjoukine, Monfort théâtre puis Centquatre.
Avec : Erwan Ha Kyoon Larcher, Vimala Pons, Tsirihaka Harrivel et Maroussia Diaz Verbèke.
Crédits photographiques : Ivan Mosjoukine.

Tournée :
– 19 au 22 mars 2014 : La Filature à Mulhouse
– 27 au 30 mars 2014 : La Criée à Marseille
– 3 au 11 avril 2014 : Théâtre Vidy-Lausanne à Lausanne en Suisse
– 16 au 19 avril 2014 : MC2 à Grenoble

 

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