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Le Cabaret calamiteux de Camille Boitel

Jeu de déconstruction

Jusqu’au 28 janvier 2014, théâtre de La Cité internationale

On ne vient pas au Cabaret calamiteux pour regarder un spectacle, on vient pour y vivre une expérience. Ici, tout se déglingue, de l’installation du public aux numéros proposés. La chanteuse se décompose littéralement sur place, les enchaînements se loupent, les parts de gâteau se servent à coups de catapulte. Le bazar s’immisce partout avec, forcément, un résultat parfois inégal.

Le Cabaret calamiteuxDès l’entrée en salle, chaque spectateur a droit à une prise en charge personnalisée : on lui propose, s’il ou elle le souhaite, d’enfiler une robe de soirée et de prendre place soit à l’une des tables du cabaret se trouvant sur le plateau, soit dans les gradins. Camille Boitel développe l’art de tout désorganiser dans ses propositions, y compris le rapport entre interprètes et public. Pendant la lente et fascinante installation des spectateurs – dont une grande partie jouent le jeu proposé avec un plaisir évident –, de façon très littérale les comédiens servent des cafés serrés ou proposent des dégustations sur le pouce. Les musiciens, eux, armés de leurs instruments à vent, brassent l’air autour de quelques personnes.

L’entrée en salle crée une ambiance unique : plongés dans un environnement déroutant, les spectateurs abandonnent les codes sociaux habituels, se parlent, s’interrogent, s’amusent. Boitel réussit son pari de décaler les rôles et nous rend complices de son travail. Le Cabaret calamiteux dont le nom révèle le côté désastreux assumé se met en branle. Rien ne va comme il se doit : le pianiste dépressif tombe régulièrement en syncope, Monsieur Loyal semble sortir d’une poubelle et la musique est parfois silencieuse.

Cette troupe incapable de réussir quoi que ce soit soulève entre autres la question de l’illusion. L’illusion de la représentation qui, ici, tout en ne marchant pas, est mise en abîme puisque nous savons bien que pour rater autant il faut en fait beaucoup de talent. Boitel et son équipe s’acharnent à tout démonter, comme pour atteindre à l’essence brute qui se cacherait derrière la représentation. Leur recherche est parfois brillante, parfois tâtonnante.

Lorsque Monsieur Loyal dit que tout cela existe parce qu’il nous aime nous, le public, cela donne un caractère touchant aux maladresses et aux ratés accumulés. Mais même cela, ce dernier lien, Boitel le démonte dans une ultime scène, violente, où tout sera brisé. Un geste qui semble se retourner contre le spectateur, une sorte de « Fuck you all » punk lancé à la face du monde en beuglant Life Is A Bitch. Un final aux allures de déjà-vu, qui met mal à l’aise par sa simplicité nihilisto-adolescente. Une dernière pirouette plus subtile aurait été bienvenue.

Le Cabaret calamiteux écrit et mis en scène par Camille Boitel, théâtre de La Cité internationale.
Avec : Thomas de Broissia, Camille Boitel, Pascal Le Corre, Marion Lefebvre, Céline Schmitt, (en alternance) Jacques Benoit Dardant et Mickaël Philis et, chaque soir, un trio différent de musiciens issus du Surnatural Orchestra.
Crédits photographiques : Vincent Beaume.

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