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Macbeth de William Shakespeare

La maladie du pouvoir

Jusqu’au 14 février 2014, Théâtre 71 puis en tournée

La première image nous montre Macbeth, courageux soldat arrachant la victoire pour son roi à la force de l’épée. Il pourrait profiter de ses lauriers et se réjouir du titre de baron qui lui échoit, mais un mal pernicieux le ronge : le désir du pouvoir. Enflammé par la prophétie de trois sorcières et pressé par sa femme, Macbeth laisse l’envie le dévorer. Plus rien ne pourra se dresser entre lui et la couronne, la fin justifiant tous les moyens, même les plus cruels. Macbeth démonte les mécanismes sournois de la soif de pouvoir et la déchéance qu’ils peuvent entraîner. Une pièce emplie de bruit et de fureur mais aussi de folie, de sexe et de sang – ce que Anne-Laure Liégeois retranscrit de façon inspirée.

MacbethL’imposante scénographie parvient à rapidement se faire oublier, preuve de sa réussite : loin de dévorer l’histoire, elle la sert. Les personnages portent des costumes contemporains, souvent sombres. Peu d’éléments de décor sont utilisés : un canapé ici, une table là. Et, autour, l’eau toujours présente –  cette eau qui a coulé lors de la bataille initiale, point de départ de la longue chute de Macbeth. Il se dégage une sobriété générale, intelligemment pensée, utilisant juste ce qu’il faut d’éléments symboliques pour souligner les pulsions internes des protagonistes.

Olivier Dutilloy propose un Macbeth ancré dans le corps, très tactile dans son rapport aux autres, rendant immédiatement présente son amitié pour Banquo ou son amour fougueux pour Lady Macbeth. Sa composition gagne en épaisseur au fil de la pièce, et plus Macbeth sombre dans la folie, plus il devient impressionnant. Dans le rôle de son épouse, Anne Girouard est d’une grande justesse. Elle fait résonner les désirs de cette femme terriblement déterminée, ses manipulations, comme sa fragilité lorsque son mari la congédie – en quelques secondes, elle passe de la satisfaction de la femme qui accède à son fantasme (être reine) à la décomposition de celle qui comprend qu’elle ne connaîtra pas le bonheur.

Dangereuses sorcières

MacbethUne des meilleures surprises de cette version, ce sont les sorcières. Trois femmes nues aux grandes crinières rousses et en bottes de pluie rouges dansent la nuit avec les forces du mal, comme le faisaient les sorcières de Salem à la pleine lune. Loin des créatures difformes et des vieilles au nez crochu, avec leur légèreté rieuse et leur abandon physique total, Anne-Laure Liégeois les rend bien plus humaines et dangereuses. Et lorsque Macbeth leur rend visite une seconde fois et qu’elles l’entraînent dans la boue, le résultat touche à une puissance organique et primaire formidable. Le traitement assez similaire de l’ange gardien de la porte des enfers (Charles-Antoine Sanchez) est tout aussi réussi. Dans un autre second rôle souvent traité de façon ennuyeuse, Loïc Renard est épatant en Malcolm, le fils du roi. On notera aussi les choix musicaux, malins, notamment les différentes versions de La Lettre à Élise accompagnant les assassinats qui rythment la pièce.

Anne-Laure Liégeois a également l’intelligence d’assumer l’humour de certains passages, tel le dîner durant lequel Macbeth devenu roi est persécuté par des hallucinations, pour mieux rendre l’horreur du reste de l’histoire. Il y a bien quelques longueurs et les premiers soliloques ne sont peut-être pas assez ouverts vers le public pour l’accrocher d’emblée, mais la metteure en scène nous offre une vision forte, subtile et humaine de Macbeth qui mérite notre attention.

Macbeth de William Shakespeare, mise en scène d’Anne-Laure Liégeois, Théâtre 71.
Avec : Olivier Dutilloy, Anne Girouard, Pauline Belle, 

Sébastien Bravard, Elsa Canovas, Alessandro de 

Pascale, Philippe Houriet, Pauline Masse, Noé Mercier, Sarah Pasquier, Jean-François Pellez, Jérémy Petit, Loïc 

Renard, Alexandre Ruby, Charles-Antoine Sanchez,

 Willie Schwartz.
Crédits photographiques : Christophe Raynaud de Lage.

Tournée :
– 20 et 21 février 2014 : Espace des Arts, Chalon-sur-Saône
– 24 au 28 février 2014 : Le Grand T, Nantes
– 04 mars 2014 : La Piscine, Châtenay-Malabry
– 18 mars 2014 : La Passerelle, Gap
– 20 et 21 mars 2014 : Le Cratère, Alès
– 25 et 26 mars 2014 : Maison de la Culture, Amiens
– 28 mars 2014 : L’Entracte, Sablé-sur-Sarthe
– 01 au 03 avril 2014 : Théâtre de l’Union, Limoges
– 08 et 09 avril 2014 : Le Fracas, Montluçon

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