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Marguerite et moi d’après Marguerite Duras

Femme de poigne

Jusqu’au 13 avril 2014, théâtre de Belleville

Écrivaine géniale et femme de poigne, Marguerite Duras possédait une aura toute théâtrale. Quelle bonne idée de la mettre au centre d’un spectacle où ses écrits et ses interviews se mêlent et la (re)disent. Pour porter ce personnage hors-norme, il fallait une sacrée comédienne. Fatima Soualhia Manet ne caricature rien et laisse Duras venir à elle, avec une malice certaine et un quant-à-elle mystérieux. Sa prestation vaut à elle seule le détour du côté du théâtre de Belleville. Relisons Duras !

L’auteure de Moderato Cantabile n’avait pas sa langue dans sa poche. Que ce soit pour parler de son engagement communiste, de sa relation à l’alcool ou pour dire son besoin d’avoir toujours des réserves de nourriture, Duras nous prend à contre-courant. La pièce fait le choix de mettre sa parole en évidence. Interviewée par le comédien Christophe Casamance, Fatima Soualhia Manet développe les idées de l’écrivaine dans de longs monologues. Parfois, les mots se cherchent et Duras ne veut pas répondre aux questions. Alors, elle détourne l’attention pour mieux se plonger dans d’autres sujets, sans jamais chercher la séduction.

Cette autorité charismatique, la comédienne la possède. Sa présence dégage une force solaire et tranquille. Les lunettes sur le nez suffisent à appeler une vague ressemblance physique – pour le reste, tout tient à l’extrême précision du jeu. Nous est permis de découvrir une femme passionnée, engagée et qui ne s’est jamais soumise aux diktats. Quelques éléments de décors évoquent un salon ou un plateau télé mais s’oublient. Seule compte la voix de l’écrivaine.

La pièce s’achève sur un bienheureux sentiment de frustration : il faudrait en entendre plus, en voir plus. La tentative de projection vidéo qui cherche à créer un lien entre Fatima Soualhia Manet et Marguerite Duras paraît, elle, un peu vaine. Et si le titre ne prend pas vraiment tout son sens, car du rapport entre l’auteure et celle qui l’incarne il n’est pas d’explication, on sera gré à Marguerite et moi de choisir le chemin de l’humilité. Les mots résonnent encore longtemps après la fin de la pièce et le théâtre s’imprime à l’encre noir dans la tête.

Marguerite et moi, d’après Marguerite Duras, mis en scène par Fatima Soualhia Manet et Christophe Casamance, théâtre de Belleville.
Avec : Fatima Soualhia Manet et Christophe Casamance.
Crédits photographiques : Cie Metro Mouvance.

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