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Norma Jeane d’après Joyce Carol Oates

All about Marilyn

Jusqu’au 13 avril 2014, théâtre 13

Pour sa première mise en scène, le comédien John Arnold s’attaque à un pavé littéraire : Blonde de Joyce Carol Oates. Livre fleuve imaginant les pensées intérieures de Norma Jeane Baker, il fallait une bonne paire de ciseaux et beaucoup de colle pour parvenir à organiser une telle dramaturgie. Matière inépuisable de fantasmes, la comédienne est ici montrée sous un angle privé. Avec ses faux-airs de série B dopée à la cocaïne, le spectacle engendre une série de monstres et Marilyn, au milieu de cette jungle, d’apparaître comme une créature de Frankenstein aussi fragile qu’hystérique. Si l’ensemble ne convainc guère, la faute en revient sans doute à sa lourdeur. Le silence et l’empathie se cherchent. Il reste le trop plein.

La pièce commence par la fin. Marilyn, étendue au sol, meurt assassinée dans son sommeil par un sbire de Kennedy. La théorie du complot est ici appuyée par un spectacle qui met Hollywood et ses rouages diaboliques au centre de tout. Pour réussir, il faudra passer par la chirurgie esthétique, donner son cul aux puissants et faire de l’argent à tout prix. L’histoire romance la vie de Marilyn de sa petite enfance jusqu’à son dernier souffle. Violentée d’un bout à l’autre, les personnages qui rôdent autour de l’héroïne possèdent des dents de carnassier et livrent sans cesse  la jeune femme en pâture aux vautours selon qu’elle sert ou non leurs intérêts.

La qualité de la distribution varie. Comment chercher l’intime et l’empathie quand tous semblent contraints de faire la grimace ? Parce qu’ils s’émancipent de la caricature, Maryse Poulhe, Fabienne Périneau et Jean-Claude Bourbault portent avec grande sensibilité et humour les contradictions de leurs différents personnages. La jeune Marion Malenfant, interprète de Marilyn, va et vient. Elle parvient à nous toucher quand elle joue l’enfance et l’adolescence de Marilyn puis dans ce moment troublant où, nue, elle se livre au regard des spectateurs. Mais la plupart du temps, l’absence du mythe Monroe de son jeu embête. Pas assez star, pas assez lumineuse, trop criarde souvent, la fragilité de Marilyn fait place à une diablesse vulgaire à laquelle on pardonne peu.

La succession des personnages, la profusion des scènes, l’abondance du texte assomment. Nous voilà presque soulagés quand, enfin, Marilyn se tait et meurt. Le silence revenu, il est possible de porter un regard plus personnel et troublé sur la comédienne. Pourquoi John Arnold ne laisse-t-il pas plus de leste à ses comédiens et à ce qui se trame sans mots ? À l’image de sa présence inutile dans la pièce (il monte sur scène pour intervenir à quelques reprises sans que le sens de Norma Jeane y trouve un appui quelconque), le metteur en scène impose sa vision, sa patte et son avis. Mais Norma Jeane Baker méritait peut-être davantage d’incertitudes et plus de beauté : qui a jamais pu saisir Marilyn ?

Norma Jeane, d’après Joyce Carol Oates, mis en scène par John Arnold, théâtre 13.
Avec : John Arnold, Aurélia Arto, Philippe Bérodot, Bruno Boulzaguet, Jean-Claude Bourbault, Samuel Churin, Evelyne Fagnent ou Myriam Azencot, Antoine Formica, Jocelyn Lagarrigue ou Joffrey Roggeman, Marion Malenfant, Olivier Peigné, Fabienne Périneau et Maryse Poulhe.
Crédits photographiques : Bellamy.

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