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Un barrage contre le Pacifique d’après Marguerite Duras

Naufrage

Jusqu’au 22 mars 2014, Athénée théâtre Louis-Jouvet

La Mère a quitté la France pour l’Indochine où elle a acheté une concession pour en cultiver la terre. Quand le Pacifique engloutit ses rêves, elle se prend à rêver de construire un barrage pour repousser l’océan. Peine perdue. Après tant dacharnements, la folie la happe. Des années plus tard, sa fille Suzanne raconte la vie subie avec son frère dans lombre de cette mère utopiste et rageuse. Un barrage contre le Pacifique est un récit ample et lyrique. Il se cogne ici aux limites d’une interprétation qui peine à trouver son souffle.

Frère et sœur sont assis sur scène, collés comme des siamois pour évoquer La Mère, sa jeunesse et les rêves qui l’ont conduite en Indochine. La Mère, elle, est déjà loin, avachie dans un fauteuil. L’océan l’a tuée à petit feu. La malhonnêteté des hommes aussi.

Un barrage contre le PacifiqueLa relation des enfants à leur mère est au cœur de la pièce. En poursuivant son rêve impossible, elle les aliène mais elle reste jusqu’au bout leur héroïne et leur tourment. C’est passionnel entre eux trois. L’amour incestueux que se portent le frère et la sœur et qu’ils portent à La Mère éclate à chaque phrase.  Autour de leur trio, les autres semblent des marionnettes comme Monsieur Jo. Il fera la folie de s’enticher de Suzanne qui l’utilisera sans même prendre la peine de le lui cacher.

Dans sa démence, la mère n’a jamais perdu la foi, croyant jusqu’au bout pouvoir tout recommencer, réussir là où elle avait échoué. Sa détermination est aussi forte que les éléments qu’elle affronte, mais la nature aura raison de son esprit. Elle finira à bout de forces par demander naïvement justice et mourra épuisée et vaincue par l’acharnement de toute une vie. Une mort libératrice : ses enfants pourront enfin commencer à vivre pour eux-mêmes.

Un barrage contre le Pacifique était le roman préféré de Duras, celui de l’enfance. Une œuvre où les souvenirs les plus forts semblent brûler encore sa chair. L’auteur a mis ses tripes dans ce texte comme sa mère avait mis les siennes dans son utopie. Une force qui n’a pas passé le barrage du jeu et se dilue une fois sur scène. La jeune Lola Créton interprète Suzanne avec trop de retenue pour qu’on la suive. Elle se contente de raconter quand elle devrait incarner de tout son être cette jeunesse hors normes, épuisante et névrotique. Elle est en décalage, ses émotions tombent à côté et le public reste en route. Quand la metteuse en scène choisit de la faire danser à plusieurs reprises, elle  la place du côté de la jeunesse insouciante, mais cette insouciance n’éclate pas non plus.

Quant à Florence Thomassin, elle joue de tout son corps pour incarner cette mère qui se roule sur sa terre, s’y épuise, s’y  abandonne et finit par y faire naufrage. Mais elle se perd dans un trop plein de souffrances jetées sur scène de façon désordonnée. Le caporal, témoin muet de ce drame, semble veiller sur la tribu et compose, au moment du départ, un ballet silencieux élégant et mystérieux. Cela ne suffit pas : le plus souvent l’esprit vagabonde. Il sort du jeu et s’attarde sur les beaux décors organisés autour de grands mâts suspendus qui évoquent la démesure de la nature, créant une ambiance lyrique très prenante. Tout comme la musique qui incarne la puissance des éléments, la lumière aussi joue une très belle partition. Une mise en espace sonore et visuelle à la mesure de ce beau texte. Il manque pourtant l’essentiel pour emporter plus que l’œil et que l’oreille.

Un barrage contre le Pacifique d’après Marguerite Duras, mis en scène par Juliette de Charnacé, Athénée théâtre Louis-Jouvet.
Avec : Lola Créton, Julien Honoré, Florence Thomassin, Munkhtur et Zheng Wu.
Crédits photographiques : Anne Gayan.

2 réflexions sur “Un barrage contre le Pacifique d’après Marguerite Duras

Naufrage

  1. en premiere ligne les comediens ont bons dos!une mise en lumiere et decor reussit, musique trop forte et voila! pour le reste des comediens sont comme perdus car livrés a eux meme . une metteur en scene qui semble totalement absente de direction, d’ecoute , de vision de ces personnages,de vision globale de ses tableaux! une mise en place plaquée comme vide de sens et d’imagination.Si l’ensemble des comediens semblent ramés, ils semblent aussi bien seuls.la direction d’acteur ca existe!

  2. Merci pour votre commentaire qui soulève un point intéressant. Car faire la part des choses entre la responsabilité des comédiens et celle du metteur en scène dans la qualité du jeu n’est pas toujours facile. Ici je ne dirais pas que « l’ensemble des comédiens semble ramer », certains tirant mieux que d’autres leur épingle du jeu. Alors qui des comédiens ou du metteur en scène… ? Un peu des deux sans aucun doute.

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