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Une année sans été de Catherine Anne

Chacun cherche son soi

Jusqu’au 4 mai 2014, théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier

Pour sa première mise en scène d’un texte dont il n’est pas l’auteur, Joël Pommerat éclaire le parcours initiatique d’un jeune homme qui se rêve écrivain. Un parcours fait de départs, de rencontres et de voyages n’ayant qu’une seule finalité : se trouver soi-même. Et voilà justement un texte et un metteur en scène qui se sont parfaitement trouvés.

Une année sans étéUne année sans été est une ode à la jeunesse. Quitter sa famille et son village pour s’élancer dans la vie afin de se révéler à lui-même, telle est l’aventure que s’apprête à vivre Gérard, personnage central de la pièce. Une quête fondatrice essentielle pour qui se destine à devenir écrivain. Hésitant entre l’amour qu’il découvre et ses rêves d’indépendance, il s’éloignera d’Anna qu’il aime, il rencontrera d’autres jeunes gens comme lui au seuil de leur vie et chacun éclairera le chemin des autres. Certains finiront par se révéler à eux-mêmes juste avant que la Grande Guerre ne leur coupe vraisemblablement les ailes. Cette pièce est toute entière habitée par la jeunesse. Celle des personnages, de l’auteur lorsqu’elle a écrit ce texte et celle des comédiens. Celle aussi des sacrifiés de la guerre auxquels on ne peut s’empêcher de penser.

Cette jeunesse-là garde ses rêves bien enfouis, l’époque n’est pas exubérante. Joël Pommerat plonge ses personnages dans une ambiance à la Ingmar Bergman : lumières crépusculaires, décors et costumes d’une parfaite austérité. Mais sous la glace, le feu. Car, si le monde qu’ils habitent est sévère et pesant de silence, les personnages, eux, brûlent de passions intérieures propre à leur âge. Même Louisette, la fille de la logeuse tenue en cage par sa mère, est une rebelle qui s’ignore et n’a pas encore fait son coming out.

Le jeu des comédiens vibre de cette intensité-là, leurs gestes vifs, leur présence forte font autorité sur scène. Il semble que derrière les désespoirs et les incertitudes, rien ne puisse les arrêter. Sans doute sont-ils portés par le rythme de la mise en scène. Leur jeu qui fait corps, la musique quasi permanente qui les enveloppe subtilement, les tableaux courts qui s’enchaînent, les lumières qui créent des espaces imaginaires apparaissant ou s’effaçant en une seconde, tout cela donne à Une année sans été le souffle d’une chorégraphie et une grâce infinie.

On a peine à imaginer que la mise en scène de ce texte subtil et dense eut été plus belle si auteur et scénographe n’avaient fait qu’un, tant la greffe entre images et mots prend à merveille.

Une année sans été de Catherine Anne, mise en scène de Joël Pommerat, théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier.
Avec : Carole Labouze, Franck Laisné, Laure Lefort, Rodolphe Martin et Garance Rivoal.
Crédits photographiques : Élizabeth Carecchio.

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