Maman-dans-le-vent1
Maman dans le vent de Jacques Descorde

Du haut de la falaise

Jusqu’au 14 juin 2014, Lucernaire

L’espace scénique se limite à quelques éléments de décor aseptisés rappelant une chambre. En fond, une toile blanche sur laquelle seront projetés quinze intertitres donne des indications de temps, de lieu et parfois de météo. Un père, Jacques Descorde, et sa fille, Solenn Denis, roulent jusqu’à un hôtel dans lequel ils séjournent longtemps. Que se passe-t-il ? Ou plutôt : que s’est-il passé ? L’approche pudique du texte offre à voir un spectacle intimiste et sans tire-larme. L’attention fluctue parfois et l’ensemble manque d’envergure mais on saura gré à Jacques Descorde  d’avoir su créer un temps à part – à la frontière du royaume des vivants et des morts.

La fillette de Maman dans le vent justifie à elle-seule la qualité de la pièce. Personnage drôle, effronté, profondément vivant, il permet d’approcher le délicat sujet de la mort d’une mère avec des pincettes de velours. L’intelligence du texte tient à ce qu’il sait distiller du silence et des sous-entendus. Pour les discours à la guimauve, il faudra repasser : Jacques Descorde place une juste distance entre son sujet et l’émotion qu’il suscite, rendant ainsi les spectateurs libres de leurs ressentis. Tout ne sera pas su et c’est bien sur ce mystère que repose la douce irréalité de la pièce.

Le duo formé par Jacques Descorde et Solenn Denis sonne juste. Et si leur jeu mériterait parfois de se resserrer encore davantage pour racler jusqu’aux dernières larmes, ils trouvent souvent la bonne limite entre une interprétation distanciée et une autre plus incarnée.

La mise en scène, elle, ne parvient pas à séduire totalement. L’utilisation des intertitres appauvrit en donnant des informations inutiles. Parce que les deux personnages se retrouvent dans une sorte de non-lieu, isolés du reste du monde dans leur malheur, la pièce cherche la fable sans la trouver – là où les indications n’existent plus mais où l’essentiel demeure. Mieux assumer l’étrange autarcie de la pièce lui aurait certainement permis d’accéder à davantage de rêve et donc de force. En restant concrets et réalistes, les personnages nous embarquent un peu – mais on eût préféré se jeter aussi de la falaise.

Maman dans le vent, écrit et mis en scène par Jacques Descorde, Lucernaire.
Avec : Jacques Descorde et Solenn Denis.
Crédits photographiques : Pierre Subrin.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *