Veuillez-agreer1
Veuillez agréer de la compagnie du 7e étage

Embauchez-moi !

Jusqu’au 18 mai 2014, théâtre de Belleville

Il n’est pas tout rose le joli monde du travail. Pour y entrer, vous voilà confronté à l’épreuve la plus absurde qui soit : l’entretien d’embauche. Le metteur en scène Sébastien Chassagne choisit de placer ses comédiens dans une situation de fragilité similaire à cet exercice périlleux : ils joueront des scènes répétées et devront également se confronter à des moments d’improvisation dans lesquels l’un d’entre-eux, devenu recruteur tyrannique, les mènera à se confronter à leur créativité immédiate. L’ensemble souffle le drôle et la dérision et avance en dents de scie, entre franches réussites et passages plus obscurs. Le propos tenu autour du monde du travail se perd parfois à l’intérieur de ce labyrinthe joué/improvisé mais le culot du procédé vaut à lui seul qu’on prête attention à la compagnie du 7e étage.

Dominique, Michel, Sacha et Raphaëlle veulent un poste dans une entreprise. Le recruteur, René, les pousse à répondre vite, bien et instinctivement. Ils doivent réagir à des injonctions absurdes qui les confrontent les uns aux autres et titillent en eux la rage sauvage d’écraser l’autre pour pouvoir sauver sa peau – et l’emporter. La majorité des scènes de Veuillez agréer placent le spectateur au cœur de l’absurdité du monde du travail. Pantins burlesques, les demandeurs d’emploi acceptent le ridicule, la bêtise et le cynisme d’une situation qui les cantonne à devenir des presque robots.

Soumis à la contrainte d’une performance immédiate, les personnages de la pièce rejoignent par là-même la position du comédien jeté en libre improvisation sur scène. Sans autre ressource que lui-même, comment briller et exister sans jamais perdre la face ? Cet exercice périlleux engendre des moments de qualité variable. Humanisés parce que fragiles, les comédiens/postulants doivent faire appel à l’ingéniosité et au sens du groupe pour s’en sortir – malmenant ainsi le côté individualiste du monde de l’entreprise où le plus fort fort mange le plus fragile.

L’humour rôde là où le ridicule affleure. Pour preuve cette scène hilarante où l’un des personnages tente désespérément de parler et se fait sans cesse interrompre. Fatalement, il finira par discuter avec le ventilateur et nouer avec lui une discussion presque plus vivante qu’avec ses collègues. Cette confrontation de la mécanique et du vivant est explorée jusque dans les transitions entre les scènes. Orchestrées telles des ballets, elles organisent les corps avec rigueur et lyrisme. Ainsi, du cadre le plus formel et limité peuvent naître la danse, le chant et la création. René le recruteur quitte son hystérie de coach pour s’assouplir à travers une chanson japonaise pleine de charme.

Le propos s’éparpille souvent à la faveur d’une accumulation de bonnes idées. Mais qu’importe, le travail de la troupe livre avec qualité une notion précieuse : nous sommes faillibles et heureusement.

Veuillez agréer, écrit par la compagnie du 7e étage, théâtre de Belleville.
Avec : Clément Belhache, Emmanuel de Candido, Romain Duquesne, Maëlia Gentil et Jean Pavageau.
Crédits photographiques : Charlotte Fabre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *