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L’École des ventriloques d’Alejandro Jodorowsky

Les marionnettes totalitaires

Jusqu’au 27 juillet 2014, La Manufacture – AVIGNON

L’École des ventriloques bouscule. Aussi bien dans la forme que sur le fond, elle interroge pêle-mêle le théâtre, la narration, la représentation, l’essence identitaire, l’asservissement et la liberté. Clairement, L’École des ventriloques est une pièce ambitieuse, ce qui n’est pas la moindre de ses qualités. Mais de quoi s’agit-il ? Dans un monde dont on saura peu de choses, des humains sont capturés et formés à l’école des ventriloques où ils apprendront à se mettre au service de marionnettes à qui ils s’abandonneront totalement. Sauf que tout n’est pas si linéaire et clair. Accrochez vos ceintures !

La sombre scénographie annonce un univers inquiétant. Un corps tombe du plafond sur le plateau. Des êtres vêtus de noir émergent de placards en fond de scène et, avec des gestes empreints de délicatesse, ils redressent le corps, le remettent sur pied, lui redonnent vie et l’emportent dans un envol onirique. L’élégance de cette introduction est immédiatement brisée par l’arrivée de Don L'Ecole des ventriloquesCrispin, marionnette qui terrorise son humain. Revolver à la main, langage cru et graveleux à la bouche, il ferait pâlir d’envie les pires vilains tarantinesques. Il cherche Céleste, l’homme tombé du ciel, pour en faire l’esclave d’une nouvelle marionnette.

L’École des ventriloques plonge dans nos pulsions les plus ténébreuses : violence, sexualité, grossièreté, ce spectacle s’aventure loin. Dans ce monde totalitaire, qui n’est pas sans rappeler les plus grandes dystopies comme le 1984 de George Orwell, les humains sont contrôlés par des pantins affreux, sales et méchants. Céleste s’accroche jusqu’au bout à l’idée qu’une société meilleure est possible. Alors, au lieu de se plier à l’injonction de « laisser sortir son âme vénéneuse », il va tenter de créer des marionnettes différentes : un saint, un génie et un héros. Seront-ils de taille à changer un système où tout est pensé pour briser la rébellion ?

Tout ne fait pas sens dans cette fable philosophique, comme par exemple les vidéos régulièrement projetées, montrant des corps nus, le plus souvent en groupe. La compagnie se garde de livrer toutes les clés de son travail complexe. Mais quel brio dans l’exécution : les marionnettes sont superbement réalisées et manipulées avec une grande maîtrise par les comédiens. La pièce est accompagnée en live par Pierre Jacqmin à la guitare et aux percussions, participant à la création d’une ambiance inquiétante et unique.

La noirceur du propos et son traitement trash font de L’École des ventriloques un spectacle à ne pas mettre devant tous les regards. Mais pour les spectateurs qui acceptent de se laisser emporter, déranger, il offre un passionnant voyage dans le monde de la création et de la recherche théâtrale.

L’École des ventriloques d’Alejandro Jodorowsky, mise en scène de Jean-Michel d’Hoop, La Manufacture.
Avec : Cyril Briant, Sébastien Chollet, Pierre Jacqmin, Emmanuelle Mathieu, Fabrice Rodriguez, Anne Romain, Isabelle Wéry.
Crédits photographiques : Compagnie Point Zéro.

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