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Le Petit Poucet d’après Charles Perrault

À table !

Jusqu’au 19 décembre 2014, en tournée nationale

Dur dur d’avoir des parents égoïstes qui vous empêchent de manger de la pizza ! Le Poucet de Laurent Gutmann est voué à l’enfance éternelle : il n’est pas nourri, pas aimé et ne parle pas. Oubliés les six autres frères, ici enfant unique, le gamin devra se perdre dans les bois et rencontrer l’ogre pour devenir enfin un adulte accompli – et parlant. Salé à l’humour noir et poivré aux astuces de mise en scène simples mais efficaces, cette adaptation du conte de Perrault se noue tout autour de l’irrépressible faim qui mène aux pires actions. Laurent Gutmann ne craint pas les monstres et fouille l’horreur avec malice. Ce Petit Poucet réjouira autant les grands petits que les petits grands.

Le texte de ce Petit Poucet ne manque pas de piquant. Parents amoraux et ogre goinfre, il dessine des personnages ambigus qui craignent moins pour leurs enfants que pour leurs ventres. Ainsi l’apparition de l’ogre provoque-t-elle davantage de rires que de frissons. La terreur s’exprime ici à travers l’humour et permet de supporter les audaces d’un récit qui ne s’épargne aucun globule rouge. Laurent Gutmann parvient à mettre en scène l’inmontrable en conservant pour cela une juste distance qui déforme le réalisme en grossièreté et la méchanceté en ridicule.

Le-petit-poucet2La pièce s’autorise quelques dialogues très politiquement incorrects. Ces incursions mordantes sonnent tellement justes et drôles qu’elles font regretter que le texte n’assume pas davantage sa langue de vipère. À l’image d’une décevante scène de traque entre Poucet et l’ogre, la mise en scène ne va pas jusqu’au bout de sa cruauté et évite le trop grand frisson final. Le personnage de Poucet sort transformé de son aventure, mais il manque comme une frayeur viscérale qui poserait le sceau définitif de l’émancipation du héros. Dans le rôle du méchant, David Gouhier apporte sa sympathie au personnage mais n’étale pas suffisamment sa cruauté pour que le spectacle se promène aussi du côté de l’angoisse.

Mais la vraie bonne idée de Laurent Gutmann réside dans le choix de son comédien principal. De petite taille, Jean-Luc Orofino réunit l’enfance et l’âge adulte dans un seul corps. Le voir grimper sur des échasses (les fameuses bottes de sept lieues) et acquérir une hauteur parentale suscite une émotion pleine de délicatesse. Enfin accepté, Poucet trouve dans ce subterfuge  l’expression sereine de sa nouvelle maturité. La pointe de cynisme finale (faisant l’apologie de l’argent) clôt une adaptation de Perrault intelligente et impertinente que nous ne pourrions que trop vous recommander.

Le Petit Poucet d’après Charles Perrault, écrit et mis en scène par Laurent Gutmann, en tournée nationale.
Avec : Jade Collinet, David Gouhier et Jean-Luc Orofino.
Crédits photographiques : Pierre Grosbois.

Tournée :
– 6 et 7 novembre Aix-en-Provence – Le Bois de l’Aune, Pôle artistique et culturel du Pays d’Aix
– 13 et 14 novembre puis 20 et 21 novembre Nantes – Le Grand T
– 25 au 28 novembre La Rochelle – La Coursive
– 1er et 2 décembre puis 11 et 12 décembre Nantes – Le Grand T
– 16 décembre Cormeilles-en-Parisis – Théâtre du Cormier
– 18 et 19 décembre Dole – Les Scènes du Jura

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