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Comment vous racontez la partie de Yasmina Reza

Le pays de l’ennui

Jusqu’au 6 décembre 2014, théâtre du Rond-Point

Yasmina Reza est la dramaturge française contemporaine la plus jouée dans le monde, notamment grâce à Art et Le Dieu du carnage, deux pièces à l’écriture fine et incisive grattant le vernis d’autosatisfaction de la bourgeoisie intellectualo-bien-pensante. Avec Comment vous racontez la partie, elle évoque cette fois une écrivaine venue présenter son livre dans une petite ville de province. On espérait une réflexion sur la littérature, la création, la place de l’artiste (et Dieu sait qu’il y aurait à dire en cette période où la culture se retrouve chahutée de toute part), mais rien de tout cela. La pièce s’éternise sur les échanges de personnages trop superficiels et stéréotypés pour émouvoir, laissant le spectateur sombrer dans l’ennui.

Tout se déroule dans la salle polyvalente de Vilain-en-Volène, où Nathalie Oppenheim a été invitée par Roland, le responsable culturel, à parler de son dernier roman, Le Pays des lassitudes. Pour ce faire, elle sera passée au grill des questions de Rosana, enfant du pays devenue célèbre journaliste littéraire. Alors que cette dernière cherche de façon obsessionnelle à faire admettre à Nathalie que son livre relève de l’autofiction, l’auteure s’acharne à botter en COMMENT VOUS RACONTEZ LA PARTIEtouche, dans un refus buté de commenter son travail. Au centre, Roland, véritable geek culturel, se cache derrière un mur de références. Plus tard, à l’heure du cocktail, le maire les rejoindra et, l’haleine chargée d’alcool, tentera d’impressionner – séduire peut-être, s’il a de la chance – Nathalie.

Aucun des protagonistes de Comment vous racontez la partie ne parvient à se rendre attachant ou, à défaut, à amuser. Car même si l’on imagine que l’intention de l’auteur était d’atteindre au second degré, les choix de sa direction d’acteurs ne sont pas assez clairs pour y parvenir. Le jeu se montre le plus souvent trop cinématographique pour emporter, telle la danse à peine esquissée de Nathalie lisant son roman. La mise en scène, signée par Reza elle-même, cumule les maladresses en utilisant des symboles sans subtilité (comme la scène de l’appel téléphonique en fond de plateau), tout en n’osant pas explorer ouvertement les sentiments.

Comment se lâche-t-on dans ce petit monde bien mis ? En entonnant Nathalie de Gilbert Bécaud, tout en jetant quelques verres en plastique au sol et en déguisant monsieur le maire en tsar de la place Rouge avec la housse du piano de la salle polyvalente… La platitude de l’ensemble culmine dans cette scène finale dénuée de vraie folie. Yasmina Reza serait-elle devenue trop sage pour faire mouche ? Espérons que ce ne soit que le temps de cette pièce.

Comment vous racontez la partie, écrit et mis en scène par Yasmina Reza, théâtre du Rond-Point.
Avec : Zabou Breitman, Romain Cottard, André Marcon en alternance avec Michel Bompoil, Dominique Reymond.
Crédits photographiques : Pascal Victor.

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