En-quoi-faisons-nous-compagnie-avec-le-menhir-dans-les-landes1
En quoi faisons-nous compagnie avec le menhir dans les landes ? de Marielle Pinsard

Sans histoire

Jusqu’au 5 décembre 2014, Le Tarmac

Elle est blonde. Avec ses tics et ses tocs, elle nous raconte l’histoire de La Belle et la bête. L’histoire se termine, la robe de la comédienne s’envole : la voilà plus nue qu’un animal sans poils. Cette introduction irrésistible à la pièce mise en scène par Marielle Pinsard laissait augurer du théâtre délicieux, fort de ses mots et de son humour. Mais passées les cinq premières minutes, le spectacle s’enfonce progressivement dans une suite incohérente de scènes où le rire léger le dispute à la potacherie lourdingue.

D’après le livret, En quoi faisons-nous compagnie avec le menhir dans les landes ? parle du rapport entre l’homme et la bête. S’ils s’invitent ponctuellement dans le spectacle de façon déguisée ou symbolique, les animaux font pourtant ici figure de prétexte et rien de la scénographie ou de la direction d’acteurs ne permettra de comprendre les enjeux véritables de cette création.

Quatorze contes défilent, se chevauchent, se redisent. Construite comme un tout à l’intérieur duquel se promènent différentes histoires, la pièce aime raconter. Oui, mais quoi ? Au royaume des blancs et des noirs se succèdent des concentrés de clichés plus ou moins bien maîtrisés. Ils défilent à la queue leu leu : un prédicateur africain vénal côtoie un tyrolien cul nu tandis qu’une working girl blanche se perd dans cette folie ambiante… Les allégories et stéréotypes ne proposent aucune alternative à ces personnages qui, fatalement, perdent en subtilités ce qu’ils récupèrent en grotesque. La dérision prêchée dans le spectacle sonne bon enfant mais finit par lasser tant le propos est mis sur le banc de touche.

En-quoi-faisons-nous-compagnie-avec-le-menhir-dans-les-landes2Dépourvues du moindre lien, les saynètes s’enchaînent et font défiler des costumes tous plus barrriolés les uns que les autres. Il y a de la recherche, c’est certain, dans le travail de Marielle Pinsard. Mais le capharnaüm manque de concision et les intentions de clarté. En transparence, le travail d’improvisation sur lequel est basée la pièce, se devine. L’élégance elle-même s’est fait la malle tant le décor est pauvre et tristement fade. Les jolies séquences ne manquaient pourtant pas (pensons à la belle scène où l’une des comédiennes se déplume en ouvrant son manteau) mais l’ironie régulière qui sous-tend le fil du spectacle contraint l’ensemble à rester terre-à-terre quand la magie des histoires du monde aurait pu lui permettre de s’envoler, la grâce retrouvée – et sans perdre l’humour.

En quoi faisons-nous compagnie avec le menhir dans les landes ?, écrit et mis en scène par Marielle Pinsard, Le Tarmac.
Avec : Judicaël Avaligbe, Koraline de Baere, Julie Cloux, Edoxi Gnoula, Pierra Honegger, Albert Hounga, Guy E. Kponhento, Valerio Scamuffa et Sally Sly.
Crédits photographiques : Mario del Curto.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *