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Gustave de Arnaud Bédouet

Un homme en colère

Jusqu’au 31 décembre 2014, théâtre de l’Atelier.

Gustave, c’est Gustave Flaubert vociférant contre la société et revendiquant sa liberté de vivre et de créer comme il l’entend. Ce monologue exalté est librement inspiré de la correspondance du grand auteur. Un exercice dans lequel se régale manifestement Jacques Weber qui sert admirablement le texte. Et derrière des considérations d’un autre siècle, on se surprend à découvrir des propos d’une vibrante actualité.

GUSTAVE avec Jacques Weber3Tout y passe : les poètes peu inspirés, les écrivains fades à son goût, Lamartine et Musset en tête, les bourgeois et leurs goûts artistiques médiocres, les mystiques et les politiciens sans convictions. Gustave éructe contre tout ce qui est tiède et célèbre la vie dans ce qu’elle a de plus exaltant et de plus fort. En littérature, il lui faut « du sang dans les phrases » et dans la vie, il aime le sexe et les femmes, y compris les prostituées, et sa conception de l’amour aurait de quoi faire hurler quelques féministes. Mais l’époque était autre. Il n’en reste pas moins que bien des maux qu’il dénonce ont des accents très actuels. Le peu d’idéal et la vision étroite des politiciens qui se placent au-dessus de la masse, les barrières de classes ou encore le conformisme ambiant semblent avoir franchi les époques sans prendre une ride. Et lui inspirent des éructations volcaniques passionnées que l’on aimerait entendre plus souvent aujourd’hui. D’autres passages centrés sur la littérature célèbrent la puissance des mots et leur aspect vivant. Et lorsque l’écrivain parle de son œuvre en devenir, ce sont le doute et l’angoisse qui affleurent. On découvre alors un Flaubert dont l’écriture est la seule vraie passion, et l’œuvre qu’il aspire à construire l’unique tourment.

C’est donc une vaste palette de sentiments que balaye la pièce et Jacques Weber endosse tous les costumes avec la même aisance. La scène est sa tribune et il l’occupe en maître absolu des lieux. Face à lui, son valet muet est écrasé par la présence de cet homme excessif et l’effacement de l’un ajoute encore au poids de l’autre. Alors, pourquoi bouder son plaisir de retrouver Jacques Weber au meilleur de sa forme, même s’il ne surprend pas dans ce rôle qui semble taillé sur-mesure ?

Gustave, écrit et mis en scène par Arnaud Bédouet, théâtre de l’Atelier.
Avec : Jacques Weber et Philippe Dupont.
Crédits photographiques : Kim Weber.

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