le_bal_thumb
Le Bal des vampires de Jim Steinman et Michael Kunze

Pour le meilleur et le vampire

Jusqu’au 31 janvier 2015, théâtre Mogador

Sans conteste un des plus gros buzz de la rentrée 2014, Le Bal des vampires ne se contente pas de faire couler le sang sur scène – il fait également couler beaucoup d’encre. Chapeauté par Roman Polanski en personne, doté d’une production luxueuse et d’une campagne de communication minutieusement orchestrée, le spectacle a tout pour intriguer, fasciner ou énerver selon les points de vue. Alors ? Le résultat est à notre avis un musical très contrasté dans sa réalisation, avec des éléments bluffants et d’autres tout simplement loupés.

Le Bal Des Vampires Mogador Teatre ParisVisuellement, Le Bal des vampires est époustouflant. William Dudley a conçu des décors somptueux, aux beaux effets de profondeur, traduisant à merveille la grandiloquence à la fois sombre et majestueuse du château du comte Von Krolock. Les projections utilisées entre autres lors de l’arrivée au château servent élégamment la dramaturgie. Complétant la scénographie, les costumes et le maquillage sont tout aussi recherchés, avec un sens méticuleux du détail, tels les faux bouts de doigt ou les canines aiguisées des vampires, troublantes de naturel.

Autre point fort du Bal des vampires, ses chorégraphies impressionnantes, servies par un ensemble de danseurs de haut niveau et des solistes à la présence scénique charismatique. Les rôles principaux bénéficient d’une distribution de chanteurs solides, avec à leur tête l’excellent David Alexis en professeur Abronsius. Si le casting est souvent bien vu, Stéphane Métro peine malheureusement à convaincre en comte Von Krolock – la séduction vampirique est plus au rendez-vous avec Sinan Bertrand, dans le rôle du fils du comte qui, lui, ose la sexualité et le second degré.

Le Bal Des Vampires Mogador Teatre ParisOn regrettera qu’à quelques trop rares exceptions près, la plupart des interprètes se figent sur place dès qu’ils se mettent à chanter. Ce type de direction d’acteurs devenue poussiéreuse même à l’opéra est encore moins acceptable dans le cadre d’un musical réclamant un côté rock. Cette approche bien française relève d’une vision très compartimentée des artistes, où l’on est soit chanteur, soit danseur, soit acteur, mais certainement pas une combinaison de tout cela – loin, bien loin, de la pluridisciplinarité magique anglo-saxonne.

Mais là où le bât blesse le plus, c’est dans l’adaptation du livret en français. Le second degré est remplacé par un humour ballot, voire lourdingue, en particulier dans la première partie. Les chansons à consonance plus romantique, où prendre le pouls rime avec cou, ne sont guère mieux loties. Même si la traduction de textes chantés est un exercice périlleux, on pouvait s’attendre à mieux.

On ressort de ce Bal des vampires hanté par de superbes images, quelques passages pleins de brio et l’envie d’aller réécouter les chansons en VO.

Le Bal des vampires de Jim Steinman et Michael Kunze, mise en scène de Roman Polanski, théâtre Mogador.
Avec : David Alexis, Sinan Bertrand, Moniek Boersma, Daniele Carta Mantiglia, Raphaëlle Cohen, Guillaume Geoffroy, Stéphane Métro, Solange Milhaud, Pierre Samuel.
Crédits photographiques : Brinkhoff/Mögenburg.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *