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Sirènes de Pauline Bureau

Un air de famille

Jusqu’au 6 décembre 2014, théâtre du Rond-Point

Après Modèles, réussite féministe joyeuse et subtile, la metteuse en scène Pauline Bureau quitte le manifeste pour revenir à la fiction. Étalée sur trois époques, l’histoire de Sirènes parle de filiation et de non-dits. Au centre des intrigues, trois femmes et un homme, pris dans la tourmente de leur hérédité. Comment grandir et être heureux quand nos aînés cachent leur secret ? Si la dramaturgie prend parfois des détours inutiles, il faut reconnaître à Pauline Bureau ses toujours grandes qualités de directrice d’acteur et la finesse de sa mise en scène.

Le Havre, 1966 : une femme et sa fille sont abandonnées par l’homme de la maison. Paris, 1983 : la dite fille réussit son oral d’HEC. 2014 : la fille de cette dite fille perd sa voix lors d’un concert tandis qu’un homme mystérieux, à Shangaï, vit reclus dans sa chambre d’hôtel. Cousu entre les époques et de façon presque exclusivement féminine, le récit de Sirènes tend à montrer comme les tabous d’hier feront les incidents de demain. Unis autour d’un mari/père/grand-père absent, les personnages se cherchent et semblent revenir sans fin sur ce drame originel : le départ de l’homme. Les voilà tous abandonnés, livrés à eux-mêmes. Comment vivre ? L’une devient folle, l’autre perd sa voix, le troisième a perdu tout contact avec la réalité. La pièce expose des êtres livrés aux vagues de leur passé, celui-là même qui ne se maîtrise pas et ne se dit plus.

Sirènes2Dynamique, la mise en scène voit s’alterner des tableaux d’une grande simplicité formelle. Quelques meubles suffisent à représenter un lieu et un temps donné. Quelques projections vidéos astucieuses viennent compléter l’ensemble. La direction d’acteur lorgne plutôt du côté du réalisme même si quelques échappées oniriques apportent un autre souffle (ou un moment de franche rigolade – pensons à la séquence Partir là-bas) à l’ensemble. La densité du jeu n’empêche pas la légèreté, et le rire jaillit souvent dans des scènes au ressort plutôt dramatique. Là réside la grande force de l’écriture de Sirènes : ne pas s’appesantir sur la psychologie mais montrer les actions.

Même si l’on ne possède pas la certitude que  la présence du personnage de Thierry soit très essentielle ni que les chansons rock (bien que plaisantes) apportent vraiment autre chose que des intermèdes au spectacle, l’intelligence avec laquelle se mène cette épopée intimiste suffit à pardonner les quelques écarts dramaturgiques inutiles. Ni claque ni déception, la nouvelle mise en scène de Pauline Bureau a malgré tout notre attention. Son travail est à suivre.

Sirènes, écrit et mis en scène par Pauline Bureau, théâtre du Rond-Point.
Avec : Philippe Awat, Yann Burlot, Nicolas Chupin, Vincent Hulot, Géraldine Martineau, Marie Nicolle, Anne Rotger et Catherine Vinatier.
Crédits photographiques : Pierre Grosbois.

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