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Henry VI, cycle 2 de William Shakespeare

L’épopée crépusculaire

Jusqu’au 14 décembre 2014, théâtre des Gémeaux

Thomas Jolly nous avait déjà emballés avec le premier cycle d’Henry VI qui nous proposait une plongée de huit heures trente dans cette monstrueuse saga historique. D’une durée équivalente, ce second cycle explore la suite du règne d’Henry VI, monarque plus fait pour une vie de prière que de commandement. La révolte gronde, l’Angleterre veut retrouver son prestige, le peuple s’agite et les aristocrates fomentent des coups d’État. Il semblerait bien qu’il y ait quelque chose de pourri dans le royaume d’Albion… mais pas dans celui de Jolly. Le jeune metteur en scène gouverne cette incroyable épopée avec panache et s’offre même le plaisir d’incarner Richard, futur roi.

henri_VI_3On retrouve de nombreux éléments déjà appréciés dans le premier cycle, notamment un art du récit fluide et d’une grande clarté. L’énergie survoltée et rock’n roll préside les scènes de bataille, que cela soit dans le grand bazar punko-anarchiste du rebelle Cade ou dans les crépusculaires combats des grands militaires. Les têtes roulent, le sang gicle, le cours de l’histoire n’en finit pas de tressauter et de se convulser comme un blessé de guerre. Mélangeant violence et partis pris esthétiques forts, Jolly rend vivantes l’horreur et la stupidité de la guerre. Un espace-temps à part, où plus rien ne fait sens, comme dans les étranges corridors de lumière et de fumée d’où surgissent des combattants. Au milieu du bruit et de la fureur, la mort rôde.

Bien que cette deuxième partie soit dans l’ensemble plus sombre, l’humour reste présent, entre autres dans les scènes de négociation avec le souverain français Louis, mais aussi grâce aux interventions toujours aussi pertinentes de Manon Thorel, narratrice taquine maniant le verbe avec beaucoup de verve. La troupe, très homogène, propose un jeu d’une grande vitalité, même henry_visi l’on pourra regretter que la direction tende à une sur-dramatisation pas vraiment nécessaire. Il est également dommage que la façon dont est mis en scène le personnage de la reine Marguerite ne fasse que souligner le sexisme très marqué du texte plutôt que de proposer un contrepoint, en particulier lors de la mise à mort de York.

Malgré ces quelques réserves, il est difficile de ne pas se montrer admiratif devant l’ampleur et le souffle de cette œuvre monumentale. Sans nul doute, Thomas Jolly est un visionnaire talentueux, qui prend le théâtre à bras-le-corps pour en faire surgir des histoires faites de tragédie, de rire, de sang et de chair, vibrantes d’une vitalité et d’une audace essentielles à un spectacle vivant digne de ce nom. Alors devant cette si Jolly équipe, chapeau bas.

Henry VI, cycle 2 de William Shakespeare, mise en scène de Thomas Jolly, théâtre des Gémeaux.
Avec : Johann Abiola, Damien Avice, Bruno Bayeux, Nathan Bernat, Geoffrey Carey, Gilles Chabrier, Éric Challier, Alexandre Dain, Flora Diguet, Émeline Frémont, Damien Gabriac, Thomas Germaine, Thomas Jolly, Pier Lamandé, Martin Legros, Julie Lerat-Gersant, Charline Porrone, Jean-Marc Talbot, Manon Thorel.
Crédits photographiques : Nicolas Joubard, Brigitte Enguerard.

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