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L’Affaire de la rue de Lourcine d’Eugène Labiche

Meurtre à la française

Jusqu’au 15 février 2015, théâtre 13

Dans ce célèbre vaudeville, Eugène Labiche pointe du crayon les travers et hypocrisies de la bourgeoisie de son époque. Même si elle date de 1857, la pièce reste amusante à bien des égards. Si les vices tout relatifs des personnages de la pièce semblent parfois désuets (l’adultère et l’homosexualité ne sont pas des sujets aussi piquants qu’au XIXe siècle), la mise en scène de Yann Dacosta se joue surtout des travers clownesques car médiocres de ses héros. Une certaine confusion règne sur le plateau. L’ensemble lorgne du côté du boulevard cradingue, de la comédie cauchemardesque, mais le trop plein de facéties des comédiens et le décor imposant balaient toute possible légèreté – voire de recul pour mettre à jour ce qui se raconte.

Les comédiens de L’Affaire de la rue de Lourcine ne manquent ni d’énergie ni de talent. D’où vient alors qu’ils semblent donner davantage dans la pitrerie que dans la grâce sans efforts de la comédie ? Burlesque, la direction d’acteurs sculpte des personnages de bande dessinée à la gestuelle très marquée et aux voix maniérées. Cette surenchère du travestissement manque parfois d’authenticité et si l’on ressent de la part de Yann Dacosta une volonté de critiquer les masques sociaux, il n’en reste pas moins que les personnages se retrouvent paradoxalement mis à distance. L’empathie devient difficile et le rire peu régulier.

l-affaire-de-la-rue-de-lourcine2Imposant, le décor étouffe l’espace de jeu. Les comédiens vont et viennent par les différentes portes sans réussir à s’imposer totalement, écrasés par une scénographie qui les noie plus qu’elle ne les révèle. Certains éléments semblent gratuits (comme ces étagères de fond de scène) et le côté baroque de l’ensemble ne fait pas bon ménage avec l’aspect déjà très coloré du jeu des acteurs. À cela, il faut ajouter les intermèdes musicaux, pris en charge par deux excellents musiciens, mais qui s’éparpillent dans des genres divers et variés sans véritable fil conducteur. En résulte un tourbillon de bonnes idées mais qui ne s’inspirent guère les unes les autres, au risque d’un certain désordre général.

Il faut cependant reconnaître à la dernière partie du spectacle sa drôlerie masochiste. Énergique, noire et à la limite de la schizophrénie, elle possède une ambiance quasi vampirique rappelant le cabaret allemand. Scénographie, décor et comédiens s’y retrouvent enfin dans une ronde fraternelle et monstrueuse où l’outrecuidance discréditée jusqu’alors se pare des oripeaux excessifs de la folie. Résultant de cet élan, la chanson finale est excellente tant elle donne à voir des personnages-pantins tenus par les fils d’une société conventionnée. L’on se prend alors à regretter que la mise en scène n’ait pas permis une plus nette évolution de ses personnages et de son décor, notamment en laissant s’installer l’extravagance plutôt qu’en cherchant à l’instaurer dès le départ.

L’Affaire de la rue de Lourcine, écrit par Eugène Labiche, mis en scène par Yann Dacosta, théâtre 13.
Avec : Jean-Pascal Abribat, Pierre Delmotte, Hélène Francisci, Benjamin Guillard, Guillaume Marquet et les musiciens Pauline Denize et Pablo Elcoq.
Crédits photographiques : Julie Rodenbour.

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