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Platonov d’Anton Tchekhov

Pas très net

Jusqu’au 11 février 2015, théâtre de La Colline

Première pièce d’Anton Tchekhov écrite à l’âge de 20 ans, Platonov ausculte le désarroi de la bonne société russe de la fin du XIXe siècle, voilé sous une légèreté de façade. Montée par le collectif Les Possédés, cette comédie humaine foisonnante de personnages se déploie dans un décor de bric-à-brac où le regard glisse sans s’accrocher. Et malgré l’évidente connivence de la plupart des comédiens avec la langue de Tchekhov, la mise en scène un peu décousue ne met pas le feu aux poudres.

Platonov1La pièce s’ouvre sur une partie d’échec annonçant le jeu auquel vont s’adonner les personnages pendant plus de trois heures. Désinvoltes et mauvais perdants comme Anna Petrovna, ils trichent et font semblant au lieu de regarder la réalité en face et préfèrent jouer plutôt que de se risquer à vivre pleinement.

Anna Petrovna, propriétaire terrienne, croule sous les dettes. Platonov, l’instituteur Dom Juan, méprise gentiment son épouse et fait tourner la tête d’Anna et de Sophie avec laquelle il a eu jadis une histoire. Les deux femmes veulent faire son bonheur mais lui reste léger et inconséquent, à l’image de cette société qui se cherche sans se trouver, frivole et en souffrance. Jusqu’au drame final.

Très vite, l’académisme et sa longueur de la première scène présentant tous les personnages laissent poindre l’ennui. Puis, la pièce semble trouver son rythme lorsque les personnalités et travers de chacun se précisent, offrant quelques moments forts, notamment quand Anna, jouée par Emmanuelle Devos, se jette dans les bras de Platonov. Ou encore lors des intermèdes musicaux, joliment orchestrés. Mais ces moments de grâce sont fragPlatonov4iles et rien de tel que le jeu hystérisant de certains pour rompre le charme. Et pourquoi mettre à nu les côtés latéraux de l’immense plateau où s’assoient les comédiens entre deux passages sur scène? Ce parti pris dilue encore l’attention qui a cruellement besoin d’être cadrée pour tenir la durée.

Entre justesse et fausses notes, intensité et baisse de rythme, ce Platonov laisse une impression mi-figue, mi-raisin et n’imprime pas la mémoire.

Platonov, d’Anton Tchekhov, mis en scène par Rodolphe Dana, théâtre de La Colline.
Avec : Yves Arnault, Julien Chavrial, David Clavel, Rodolphe Dana, Emmanuelle Devos, Françoise Gazio, Katja Hunsinger, Antoine Kahan, Èmilie Lafarge, Nadir Legrand, Christophe Paou et Marie-Hélène Roig.
Crédits photographiques : Jean-Louis Fernandez.

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