dormir_cent_ans_thumb
Dormir cent ans de Pauline Bureau

Rêve d’enfance

Jusqu’au 8 mars 2015, théâtre Paris Villette

Après nous avoir parlé des femmes avec Modèles et Sirènes, Pauline Bureau vient aujourd’hui explorer ce moment d’enfance si particulier qui précède l’adolescence. À cette période, le temps s’étire follement ou s’agite de soubresauts, entre moments d’ennui et explosion d’énergie qu’on ne sait pas encore canaliser. Aurore a 12 ans, joue du piano et compte tout : les mesures, ses pas, les mots qu’on lui adresse. Théo a 13 ans, un skate et un ami imaginaire. Ils se croisent dans la vie et leurs rêves au sein d’un spectacle à la narration subtile et visuellement bluffant.

dormir_cent_ans1Avec une intelligence fine, Pauline Bureau mélange réalisme et onirisme. On reconnaît les interrogations que nous avons tous eues – dans quel sens faut-il tourner la langue quand on embrasse ? – et le rapport aux autres, comme les parents qui « agacent quand ils sont là, mais manquent quand ils ne sont pas là. » Mais le monde réel, en tout cas celui des adultes, est fissuré. D’autres choses s’y glissent, des créatures qui peuvent aussi bien prendre la forme d’une obsession pour les chiffres que d’un héros vert et rebelle, le roi grenouille. Et puis bien sûr, il y a les rêves qui peuplent le sommeil d’Aurore et Théo.

Grâce à des projections vidéo habiles, Dormir cent ans navigue avec fluidité des appartements où vivent les protagonistes à de superbes paysages dessinés pour les séquences de rêve. Le travail visuel réalisé par Yves Kuperberg et Alex Forge est à saluer pour son élégance et sa créativité – on aimerait voir la vidéo plus souvent utilisée avec autant d’à-propos au théâtre. La mise en scène, précise et très travaillée, permet d’allier les différents supports et le jeu des comédiens sans jamais rien perdre de la cohérence d’ensemble.

dormir_cent_ans4Dormir cent ans a été écrit pour et avec les acteurs qui l’interprètent. Leur investissement est évident et l’on ne peut qu’admirer les compositions de Géraldine Martineau et Marie Nicolle qui jouent respectivement Aurore et Théo, retranscrivant avec justesse l’énergie et la façon d’être de cet âge en transition.

Le spectacle souffre malgré tout de quelques maladresses, notamment la dernière scène avec un baiser non assumé qui laisse perplexe – pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de ce rite de passage ? N’est-ce pas ce vers quoi tend l’ensemble de la pièce ? Malgré ce bémol, Dormir cent ans reste à savourer comme une madeleine nous ramenant à la sortie de l’enfance.

Dormir cent ans, écrit et mis en scène par Pauline Bureau, théâtre de Paris Villette.
Avec : Yann Burlot, Nicolas Chupin, Géraldine Martineau, Marie Nicolle.
Crédits Photographiques : Pierre Grosbois.

Une réflexion sur “Dormir cent ans de Pauline Bureau

Rêve d’enfance

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *