J-ai-trop-peur1
J’ai trop peur de David Lescot

Années collège

Jusqu’au 1er avril, théâtre de La Ville

Après s’être intéressé aux adolescents dans Les Jeunes, l’auteur et metteur en scène David Lescot choisit pour sa nouvelle pièce de se pencher sur un âge tout aussi symbolique : celui de la fin de la primaire. Sur scène, un petit garçon de 10 ans et demi passe un été anxiogène à Quiberon et se demande à quelle sauce il sera mangé lors de sa rentrée en sixième. Terrifié à l’idée d’être racketté, perdu, bolosse, il se ronge les ongles. Et ce ne sont ni Francis, un voisin de 14 ans, ni sa petite sœur de 2 ans et demi, qui parviennent à lui donner le courage nécéssaire pour se diriger sans crainte vers le collège. Truculente, la langue de Lescot emporte l’adhésion. Décrits avec force drôlerie, la peur et le désir concomitant de grandir résonnent autant chez les adultes que chez les enfants.

J-ai-trop-peur2D’une grande simplicité, le dispositif scénique de J’ai trop peur n’en est pas moins efficace. Une scène en bois se fait et se défait et crée le décor minimal suffisant à la mise en corps de l’histoire. Les quelques ambiances sonores vocalisées directement par les comédiennes permettent avec un brin de fantaisie d’entendre le chant des mouettes à la plage, la sonnerie en classe… Parce que la mise en scène se concentre exclusivement sur le texte comme support de jeu, il fait la part belle au langage et à l’imagination.

Les confrontations entre le héros principal, sa sœur et Francis réservent des joutes verbales irrésistibles. En jouant sur les multiples niveaux de langage et de vocabulaire utilisés par les personnages en fonction de leur âge, les dialogues ont du rythme à revendre. Le comique naît de ce que le spectacle dresse un portrait tendre des trois marmots, et les rend incapables de se comprendre eux qui pourtant ont traversé/traverseront les mêmes épreuves initiatiques. Au final, semble nous dire David Lescot, chaque période de la vie possède son rituel obligatoire, et le collège ne symbolise que la peur de l’inconnu auquel chacun, mioche ou daron, se trouve perpétuellement confronté.

J’ai trop peur, écrit et mis en scène par David Lescot, théâtre de La Ville.
Avec : Suzanne Aubert, Élise Marie et Lyn Thibault.
Crédits photographiques : Laurent Philippe.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *