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Lignes de faille d’après Nancy Huston

Un air de famille

Jusqu’au 11 avril 2015, théâtre du Rond-Point

Au départ, Lignes de faille est un roman ample et intergénérationnel de Nancy Huston. Une adaptation théâtrale de ce texte touffu ne coulait a priori pas de source et pourtant, Catherine Marnas relève le défi et ose une fresque familiale de quatre heures. Le résultat est dans l’ensemble réussi, donnant vie à un verbe précis et beau qui, en remontant le passé des protagonistes, en révèle les échos inconscients et dévoile un sombre pan de l’Histoire.

lignes3Lignes de faille remonte la généalogie d’une famille sur quatre générations en prenant à chaque fois la perspective d’un de ses membres à l’âge de 6 ans. Nous rencontrons d’abord Sol, petit garçon californien cocooné par ses parents ; puis ce sera au tour de l’enfance de son père Randall, et ainsi de suite. De fil en aiguille, la lumière se fait à rebours sur les personnages, façonnés – comme nous tous – en partie par les drames et secrets familiaux. La saga traverse les époques et les pays : la Californie, New York, Israël et la Bavière. Que cela soit pour échapper à l’engrenage de la grande Histoire ou pour ensuite traquer son passé, la famille n’en finit pas de se déplacer. Comme ses maux, qui se déplacent d’une génération à l’autre, plus ou moins ouvertement. Le texte dénoue patiemment les nombreux fils entrelacés pour remonter au secret originel, caché au creux de la Seconde Guerre mondiale.

La narration à hauteur de gamin offre un savoureux défi aux comédiens, amenés à passer de l’âge adulte à l’enfance. Il est notamment fascinant de voir Franck Manzoni et Catherine Pietri, dans les rôles de Randall et de sa mère Sadie, remonter le temps et découvrir les blessures – les failles – de l’enfance qui ont fait d’eux les adultes que nous connaissons. Le dernier volet, qui suit la grand-mère de Randall, Kristina, et livre les clefs de tout l’édifice, est moins fort, l’interprétation étant malheureusement moins convaincante.

La mise en scène joue sur un nombre réduit d’objets : des éléments mobiles bas, une table, car c’est autour de celle-ci que se disent les affaires de famille. Des projections créent des ombres passant sur les personnages, nuages plus ou moins lourds pesant sur leur destinée.

Si l’épopée s’essouffle un peu dans son dernier virage, Catherine Marnas a néanmoins remporté son pari. Lignes de faille existe bel et bien sur scène et déroule sous nos yeux attentifs un écheveau complexe et passionnant.

Lignes de faille d’après Nancy Huston, mise en scène de Catherine Marnas, théâtre du Rond-Point.
Avec : Julien Duval, Pauline Jambet en alternance avec Élisa Voisin, Franck Manzoni, Sylvie Orcier, Olivier Pauls, Catherine Pietri, Bénédicte Simon, Martine Thinières.
Crédits photographiques : Pierre Grosbois.

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