elise_thumb
Élise ou la vraie vie d’après Claire Etcherelli

Lutte ouvrière

Jusqu’au 4 mai 2015, La Manufacture des Abbesses

À la fin des années 1950, en France, Élise suit les pas de son frère et prend un emploi à la chaîne par nécessité. Orphelins, ils n’ont guère d’autre choix. Ainsi commence une expérience éprouvante, dans un système déshumanisé et déshumanisant. La rage au cœur, Élise refuse l’injustice, le racisme ambiant, la maltraitance des employés par les petits chefs. La fleur au cœur, Élise s’éprend d’un ouvrier algérien, à une période où un tel amour est loin d’être bien perçu par la société. Coûte que coûte, elle tente de rester fidèle à ce qu’elle croit et ceux qu’elle aime – à la vraie vie.

elise_ou_la_vraie_vieOn comprend ce qui a séduit Eva Castro dans le texte de Claire Etcherelli : puissant et émouvant, il plonge dans les entrailles de l’humanité. Il regarde en face la violence faite aux pauvres et le virulent racisme anti-Algériens qui marque la France de cette époque. Le mythe des Trente Glorieuses fait souvent oublier que la société d’après-guerre ne s’est pas forcément reconstruite dans la joie et la bonne humeur individuelle. Avec son premier emploi, Élise voit ses idéaux se confronter à la réalité, pour le meilleur et pour le pire. Ce monde où le travail domine l’homme et où aimer un Arabe est méprisable trouve malheureusement de nombreux échos avec notre époque – rendant la pièce d’autant plus forte pour les spectateurs d’aujourd’hui.

Si les mots nous atteignent ainsi, c’est grâce à l’interprétation à la fois tendue et subtile d’Eva Castro. On ne la lâche pas d’une semelle alors qu’elle embarque son personnage à la chaîne de montage ou en balade amoureuse en quête d’un thé chaud. Elle parvient à rendre aussi bien la fragilité que la force de cette femme refusant de perdre son âme. Sa voix se module pour mieux suivre le récit, rauque parfois, douce et presque enfantine d’autres fois. On lui saura gré aussi d’avoir incorporé des respirations plus corporelles au milieu des mots, leur offrant toujours plus d’espace pour résonner en nous.

L’histoire a beau être sombre, Élise ou la vraie vie vibre d’amour et d’une volonté farouche d’être fidèle à soi-même et, en cela, est porteuse d’un message d’encouragement. Encouragement à ne pas baisser les bras, à redresser à la tête, à dénoncer l’injustice, à aimer. À vivre, toujours et encore.

Élise ou la vraie vie d’après Claire Etcherelli. Adaptée, mise en scène et interprétée par Eva Castro, La Manufacture des Abbesses.
Crédits photographiques : Cie Ginkgo Biloba.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *