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La Révolte d’Auguste de Villiers de L’Isle-Adam

Une femme libre

Jusqu’au 25 avril 2015, Les Bouffes du Nord

Une femme quitte son mari parce qu’elle ne l’aime pas. Une situation qui semblerait ordinaire aujourd’hui, mais l’on est en 1870, une époque où les femmes ne s’autorisaient pas à reprendre leur liberté. Dans ce texte à vif, Auguste de Villiers de L’Isle-Adam se glisse dans la peau de l’épouse et signe une pièce militant pour le droit au bonheur. Un siècle et demi plus tard, on mesure le chemin parcouru même si rien n’est pour autant résolu.

larevolte6Elle veut vivre. C’est ce qu’elle crie à son mari avant de le quitter après exactement quatre ans et cinq mois de bons et loyaux services. De trop longues années à jouer le rôle de l’épouse modèle auprès d’un homme qui ne la regarde pas comme une femme mais comme une employée. Il ne jure que par l’argent et les biens matériels. Elle est une idéaliste et une romantique rêvant d’amour, dont l’âme poétique se meurt un peu plus chaque jour à ses côtés.

Alors, elle n’a d’autre choix que de partir, quitte à abandonner sa fille et au risque de passer le reste de sa vie seule. Tout est mieux qu’une vie de souffrance avec un homme mort aux émotions et aux sentiments. Une fois lancée, elle lui dira tout ce qu’elle a sur le cœur. Sidéré par ce qu’il entend, le mari restera incapable de comprendre ce que ressent sa femme, si soumise jusque-là.

Écrite en 1870, La Révolte est terrible de violence envers une époque dont l’auteur méprisait les valeurs purement matérialistes.

larevolte2Dans le rôle d’Élisabeth, Anouck Grinberg est impériale dans son habit de femme au bord du gouffre. Dans le cadre imposant du théâtre des Bouffes du Nord, la force intérieure et l’idéalisme absolu de l’héroïne résonnent fort. Elle semble être à la fois sur le fil de la folie et inébranlable dans sa résolution à ne plus faire semblant. Sa voix se brise parfois ou vibre de colère rentrée quand elle assène cette phrase terrible à son mari : « Je ne vous souhaite pas de vous douter jamais de ce que vous avez perdu. » Face à elle, Hervé Briaux est impeccable en homme raide et absent à la vie.

La mise en scène laisse toute la place au texte et au jeu des acteurs et les lumières enveloppent avec bienveillance cette héroïne presque dépassée par ce qu’elle entreprend. Au point finalement de ne pouvoir aller au bout de sa révolte et de rentrer au foyer où l’attend un éternel ennui. Face à cette fin décevante, on est tenté de se demander comment la pièce se serait conclue sous la plume d’une femme.

La Révolte d’Auguste de Villiers de L’Isle-Adam, mise en scène de Marc Paquiem, Les Bouffes du Nord.
Avec : Anouk Grinberg et Hervé Briaux.
Crédits photographiques : Pascal Victor.

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