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Schitz de Hanokh Levin

Affreux, sales et méchants

Jusqu’au 16 avril 2015, théâtre de la Bastille

Après la création en 2000 de L’Enfant rêve, le metteur en scène belge David Strosberg poursuit son exploration des textes d’Hanokh Levin avec Schitz. Caustique, cruelle, mordante, scatologique, la liste des adjectifs décrivant la foisonnante écriture du dramaturge israélien est infinie. Dans cette pièce politique datant de 1975 où les corps n’ont d’humain que leur parfaite obésité, la cellule familiale est passée au microscope de la mesquinerie. Pas un personnage pour rattraper l’autre, ici-bas la bêtise fait définitivement rire noir parce qu’elle nous ressemble. Très simple, la mise en scène propose une version azimutée mais pas caricaturale du texte, et révèlent des comédiens à leur aise dans l’ambiguité d’un jeu naturalo-bouffon.

Schitz2À toutes les sauces et dans tous les saucissons, l’excès sévit et chacun y va de son désir égocentrique de dévorer les autres. Chez Hanokh Levin, la cellule familiale ne possède rien de rassurant. Elle concentre au contraire les pires mesquineries. La fille obèse ne pense qu’à manger, le gendre sodomite à encaisser toujours et plus d’argent. Quant aux parents, ils ne sont guère plus reluisants, tant ils semblent n’avoir d’autre désir que la propre satisfaction de leurs élans égoïstes (un petit-enfant et un amant pour la mère, du saucisson et des biftons pour le père).

Volontiers scato et sexuel, le texte envisage les corps des personnages comme des îlots banals de monstruosité. La mise en scène parvient cependant à leur prêter une incroyable humanité. Comment ? Déjà, en les engonçant dans des costumes les rendant obèses et qui par leur réalisme les exposent, patauds et touchants, à mille lieux d’une direction d’acteur agressive. Aussi, en mariant habilement un style de jeu coloré avec un relatif naturalisme. Sans psychologie et en plein dans une corporalité exacerbée, la pièce flamande nous rappelle à bien des égards sa belgitude. Ce parfait mélange engendre juste ce qu’il faut de distance et d’identification pour rendre les personnages aussi familiers qu’étranges, et permettre à la pièce de confronter chaque spectateur à ses noirceurs.

Dans notre drôle de monde aux injonctions morales, politiques et religieuses, le théâtre d’Hanokh Levin propose une expérience : se regarder droit dans les yeux et constater notre délicieuse bouffonnerie et notre irrécupérable sensibilité.

Schitz, écrit par Hanokh Levin, mis en scène par David Strasberg, théâtre de la Bastille.
Avec : Brenda Bertin, Bruno Vanden Broecke, Jean-Baptiste Szezot et Mieke Verdin.
Crédits photographiques : Danny Willems.

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