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Pinocchio d’après Carlo Collodi

Tchao pantin

Jusqu’au 7 mai 2015, 104 puis en tournée

Dans la famille Bellorini, je demande le frère ! Metteur en scène chevronné, Thomas Bellorini possède, tout comme son jumeau Jean, le goût des grands textes. En s’adressant aux enfants, la compagnie Gabbiano propose un spectacle aux allures de cirque dont la matière première reste le texte – tout en s’autorisant des détours du côté du mime, du trapèze… Si son interprétation du Pinocchio de Carlo Collodi fait la part belle aux polyphonies/multi-narrations, la confusion narrative et le manque relatif de propos sur le personnage principal appauvrissent la légèreté d’une pièce aux  élans pourtant enthousiasmants.

pinocchio1Pinocchio, classique jeunesse vu et revu, a été adapté de nombreuses fois en occultant plus ou moins la dimension noire de l’œuvre. En 2008, Joël Pommerat en proposait une version troublante où l’école figurait le conformisme, le tout dans un univers sombre et onirique. Sur la scène du 104, beaucoup de couleurs au contraire, celles du chapiteau : rouge, or, blanc, noir… Une trapéziste se meut, un orchestre invente une partition animée à grand renfort de multiples instruments, des comédiens courent en tous sens et miment la vie. Il y a du mouvement et peu de psychologie, et de cela il ne faut pas se plaindre. Le texte est dit vite et les personnages sont « interprétés » (il s’agirait plutôt chez Bellorini d’une parole omnisciente incarnée) par tous. Cet univers de trois franc six sous où l’âne Pinocchio devient une peluche et l’île enchantée un paradis de ballons à l’hélium, convient bien à l’univers fantaisiste du conte. Appelé à imaginer, le public doit extraire des mots leur substance évocatrice et recréer un univers à partir de peu. Cela fonctionne et la fête est au rendez-vous.

Il convient cependant de s’interroger sur les procédés narratifs parfois audacieux du spectacle. La confusion créée par les multi-rôles semble perdre les plus jeunes. Aucun objet/procédé symbolique ne permet de dissocier la parole narrée du personnage narrant (ou au contraire de les réunir). Si les spectateurs adultes ont l’habitude de ce genre de procédé très littéraire, le public jeune, lui, ne possède plus aucun repère scénographique ou narratif qui lui permettrait d’envisager la globalité du conte de Carlo Collodi.

Il ne manque peut-être pas grand-chose à ce Pinocchio, un presque rien, qui répondrait à une meilleure lisibilité de la mise en scène et de l’histoire racontée. Ainsi le propos se raffermirait autour d’une idée plus claire et nous permettrait de répondre à une question restée sans réponse dans la mise en scène : pourquoi raconter cette histoire aux enfants ? En effet, si la chanson finale est sympathique, elle nous laisse sur le sentiment un peu facile d’une joie bien vite retrouvée. Si les plus jeunes sont évidemment capables d’entendre un beau texte, pourquoi n’auraient-ils pas droit aussi à un propos plus subtil – voire ambigu – sur l’enfance, l’école et les règles ?

Pinocchio, d’après Carlo Collodi, mis en scène par Thomas Bellorini, 104.
Avec : Brenda Clark, Jean-Philippe Morin, François Pérache, Zsuzsanna Varkonyi et Jo Zugma.
Crédits photographiques : Pierre Dolzani.

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