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The Servant de Robin Maugham

Monsieur est servi

Jusqu’au 12 juillet 2015, théâtre de Poche-Montparnasse

Fin des années 1940, Tony est un jeune homme oisif de la bonne société britannique, n’ayant d’autres préoccupations que son propre bien-être. Lorsqu’il emménage dans son nouvel appartement, il se met en quête d’un domestique à même d’assurer son confort. Le premier candidat à se présenter, Barrett, non seulement fournit des références excellentes mais se révèle intelligent et d’une prévenance rare. Tony l’embauche sur-le-champ et très vite, Barrett dirige la maison voire la vie de son maître…

the_servantLe texte de Robin Maugham repose sur des répliques qui font mouche, une mécanique bien huilée et une atmosphère on ne peut plus anglaise, le tout baignant dans une ambiguïté sexuelle entêtante. Dans sa mise en scène, Thierry Harcourt propose une lecture qui, à force d’insister sur la retenue anglo-saxonne, en gomme en grande partie la sensualité et les désirs plus ou moins avoués. Personne par exemple ne s’embrasse dans cette version, même lorsque Tony retrouve sa fiancée après être parti en voyage. Le corps, peu assumé, ne prend presque jamais la place qui lui est due, à l’exception des deux rôles tenus par Roxane Bret. La pièce évoque également une tension homo-érotique marquée entre maître et serviteur, ainsi qu’entre Tony et son meilleur ami Richard. Une tension qui est ici ignorée dans la direction d’acteurs, diminuant d’autant les enjeux relationnels et rendant l’emprise grandissante de Barrett sur Tony difficile à comprendre.

En filigrane, se dessine une vision peu reluisante des différentes classes de l’Angleterre de l’époque : des riches bien superficiels et des pauvres les manipulant pour les entraîner dans la débauche. Au-delà des rôles sociaux de chacun, se nouent et se dénouent des rapports de domination bien humains. Tony préfère ignorer les aspects plus troubles du caractère de son domestique du moment que ses besoins sont assouvis et qu’il n’a pas à se préoccuper de quoi que ce soit. On peut y voir une parabole politique : jusqu’où sommes-nous prêts à nous laisser aveugler et à remettre entre les mains de quelqu’un d’autre notre volonté et notre capacité à choisir pour garder notre confort ?

La question est intéressante mais elle est posée ici de façon désuète, car de quelle débauche s’agit-il ? D’assumer la bisexualité et un certain goût pour la soumission… est-ce vraiment là un signe de dépravation morale ? Peut-être à l’époque où se déroule la pièce mais, du moins l’espère-t-on, nettement moins de nos jours. La dernière image de Tony, sorte de camé du sexe s’éloignant du lumineux Richard – qui lui est bel et bien rentré dans le rang de la « normalité » – laisse songeur. Voilà un message bien conventionnel.

The Servant de Robin Maugham, mis en scène par Thierry Harcourt, théâtre de Poche-Montparnasse.
Avec : Maxime d’Aboville, Roxanne Bret, Xavier Lafitte, Adrien Melin, Alexie Ribes.
Crédits photographiques : Brigitte Enguerand.

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