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Liliom de Ferenc Molnár

L’amour vache

Jusqu’au 28 juin 2015, théâtre de L’Odéon – Ateliers Berthier

Liliom est un forain, un bonimenteur qui plaît aux femmes. Et quand Liliom aime l’une d’entre elles en retour, il la cogne. Le voilà justement qui s’entiche d’une petite bonne, Julie. Elle l’aime aussi, avec l’entêtement buté des premières fois. Dans cette banlieue oubliée par le bonheur, avec pour toile de fond le chômage et la misère, comment le jeune couple peut-il s’en sortir et laisser s’épanouir les sentiments ? Drôle de fable noire que ce Liliom où les gendarmes ont des ailes et les voyous des gueules d’ange.

liliomOn retrouve avec plaisir le savoir-faire de Jean Bellorini, que cela soit dans le judicieux et beau décor de fête foraine, les musiciens présents au plateau ou le choix de comédiens à la belle énergie. Autour du couple central de Liliom et Julie, interprétés avec justesse par Julien Bouanich et Clara Mayer, virevoltent des personnages secondaires tous plus jubilatoires les uns que les autres. La meilleure amie de Julie, un peu gourde mais bien terre à terre, et son fiancé le portier ; le duo de gendarmes qui flirtent avec le burlesque ; Dandy, le pote semblant sorti d’un film de Tarantino, et tous les autres, forment une galerie aussi pittoresque qu’attachante.

Certaines scènes sont particulièrement irrésistibles, comme celle de la mort de Liliom lorsque, devant son corps à peine refroidi, l’entourage de Julie lui assure que finalement c’est mieux pour elle car que pouvait-elle espérer d’un type pareil ? Le décalage de leur réaction est savoureux. Dans un autre registre, la musique souligne avec pertinence les émotions, et l’on reste retourné après la prestation à la harpe et au chant de Lidwine de Royer Dupré.

Ces belles qualités ne parviennent pas à faire oublier un texte qui manque souvent de subtilité et laisse perplexe sur le fond : quand les coups servent à exprimer l’amour, ils ne feraient pas si mal que ça… Liliom ne regrette rien et son épouse l’accepte tel qu’il est : le message est plus que dur à avaler dans une société où en moyenne deux femmes par semaine meurent sous les coups de leur compagnon. S’il y avait un second degré, il ne nous a pas atteints.

Liliom de Ferenc Molnár, mise en scène de Jean Bellorini, théâtre de L’Odéon.
Avec : Julien Bouanich, Amandine Calsat, Julien Cigana, Teddy Melis, Delphine Cottu, Jacques Hadjaje, Clara Mayer, Marc Plas, Lidwine de Royer Dupré, Hugo Sablic, Sébastien Trouvé, Damien Vigouroux.
Crédits photographiques : Pascal Victor.

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