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M.U.R.S. de La Fura Dels Baus

Connecting people

Jusqu’au 28 juin 2015, La Villette

Avis aux addicts connectés : la grande halle de La Villette accueille jusqu’à fin juin un spectacle interactif où votre téléphone est prié de rester allumé ! La compagnie catalane La Fura Dels Baus ne lésine pas sur les moyens pour faire pénétrer les spectateurs dans son monde futuriste où le téléphone semble avoir pris l’ascendant sur l’homme. Divisé en quatre espaces séparés, le show est participatif et incite à la gesticulation : cris, sauts, courses, pétarades et bien sûr tapotage sur smartphone. En immersion, le public est soumis à un exercice d’improvisation théâtrale l’incitant à repenser son rapport à la technologie. Faussement trash, M.U.R.S. dénonce sans rien dire sans proposer  aucune alternative à sa morale convenue.

Fura-1La société futuriste M.U.R.S. est basée sur quatre fondamentaux : l’écologie, la santé, la fortune et le bien-être. À chaque zone est associée un jeu (avec ou sans smartphone) permettant d’éprouver l’association entre la vie réelle et la vie virtuelle. Dans la zone écolo par exemple, il suffit de viser une image avec son téléphone et voilà qu’un arbre apparaît sur l’écran, pousse et modifie le rapport entretenu avec le monde concret alentour. Pour ce faire, les spectateurs sont séparés en quatre groupes et baladés par l’intermédiaire d’instructions émanant de leurs smartphones. Vous l’aurez compris : l’humanité se définit désormais par son téléphone et lui obéit. Bien sûr, en cours de spectacle une panne arrive, une guerre retentit, un mystérieux virus chimique se répand. Les spectateurs seront alors invités à réfléchir sur leur rapport à l’autorité et à la révolte.

Si les applications smartphone des quatre zones ne convainquent guère tant leur symbolique est pauvre, la mise en scène post-apocalyptique, elle, fonctionne. Fumigènes, eau et musique crépusculaire créent une ambiance de guerre tandis que les comédiens, vêtus de combinaisons ou transformés en malades déformés, déambulent à travers la foule dispersée. Alors encouragés à tenter différentes actions (se plaquer au sol, aller se recouvrir d’un film plastique, regagner une cage…) les spectateurs sont amenés à jouer voire éprouver une relative panique – isolant d’ailleurs certains, rendus mal à l’aise par cette folie punk. Plus le spectacle devient immersif et plus il fonctionne. A contrario, plus il réclame le virtuel moins il intéresse.

Ceci étant dit et éprouvé, où veut en venir M.U.R.S. ? La pseudo prise de conscience selon laquelle nous sommes de plus en plus accrochés à nos smartphones pèche par excès d’évidence. Alors, quoi ? Le spectacle s’arrête là où il commence à devenir intéressant : dans le chaos le plus complet, l’humanité peut-elle mettre à profit un réseau social, des liens virtuels pour se révolter contre les diktats et les conspirations ? La pauvreté du propos est d’autant plus gênante que le dispositif, lui, est colossal. Avec un peu plus de fond et un peu moins de high-tech il y aurait un monde à inventer : CQFD ?

M.U.R.S, écrit et mis en scène par La Fura Dels Baus, La Villette.
Avec : Carlos Figols, Juanjo Herrero, Diana Kerbelis, Lawrence Stanley, Laia Oliveras, Xabier Artieda, Blanca Pascual, Rosa Serra et Tatin Revenga.
Crédits photographiques : Josep Aznar.

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