La-petite-casserole
La petite Casserole d’Anatole par Cyrille Louge

Traîner ses casseroles
et repartir le cœur léger

Tournée en cours

Anatole a un problème. Il traîne sa casserole rouge partout avec lui, comme un fil à la patte. Pour traverser la route, voilà qu’elle manque de causer un accident. Pour monter à l’échelle, elle lui revient dans la figure. Au chien, elle semble un appât et l’oblige à fuir à tout berzingue. De quoi enrager et lui cogner dessus à ce boulet, ce fichu machin vissé au corps dont il ne sait que faire. Sauf quand il pleut des hallebardes : là, passe encore, on peut se la mettre sur la tête, la casserole rouge, dépité mais au sec.

Pas un mais des problèmes ! Sauf bienfaiteur, celui qui arrive parfois. Là, il surgit à la droite du décor à mi-spectacle pour résoudre la quadrature du cercle pour enfants, avec du fil et une aiguille. Une besace ! Oui, puisqu’il s’agit de ça, une besace, rouge pour aller de pair avec la casserole.

La Petite Casserole d’Anatole est petit bijou de marionnettes. Il a été donné au Théâtre Paris Villette jusqu’au 1er novembre. Il tournera en 2016 après avoir été créé au Off d’Avignon l’été dernier. Comme le dit son metteur en scène Cyrille Louge, habitué du genre puisqu’il a écrit et mis en scène Rumba sur la Lune en 2011, le spectacle est autant sur la scène, que devant la scène. Il n’y a qu’à voir les réactions de l’armée de bouts de choux sur réhausseurs présente dans la salle.

Quand Anatole s’assoit au pied d’un arbre avant l’orage, voilà que des oiseaux se mettent à piailler. “Chut Oiseau, chut Oiseau”, entend-on dans le crépuscule des fauteuils. Si Anatole et un camarade de jeu essaient d’entendre l’air marin au fond de leur gros fait-tout, comme on ferait avec un coquillage, une petite fille de s’étonner : “Mais on peut pas la voir la mer.

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Armada de décors

Une armada d’éléments de décors est nécessaire à une petite heure de spectacle. Ils sont mis en mouvement par deux marionnettistes, tout de noir vêtus à l’exception de leur visage apparent, dont ils jouent pour rendre l’émotion des personnages. Voire pour prononcer quelques onomatopées, des essoufflements, ou des paroles parfois.

Les enchaînements sont rapides d’une scène à l’autre, d’un moment de l’histoire au suivant, et n’excusent pas un arbre qui aurait été rangé à la place d’une fenêtre. Et pour cause, il en vient de tous les côtés sur la structure crénelée qui trône en avant scène, derrière laquelle tout le barda a une place précise.

Nuages en ouatine

Jusqu’aux nuages en ouatine (avec laquelle habituellement on fait les couettes de lit), portés à bout de bras et enluminés par transparence et par intermittence par une loupiote. L’illusion est sublime, et fonctionne au poil. On croirait que les cumulonimbus sortis d’un rêve vont se vider de leur pluie sur les premiers rangs. Comment y résister, même à l’aube de ses trente ans ?

Et c’est bien là le fort d’Anatole : malgré les attentats, le chômage, la Syrie et Marine Le Pen, on ressort de là, à tous âges, avec de la Tagada au cœur.

Critique technique : on regrette juste que la petite jauge de Paris Villette ne donne pas à tous une même vue des effets visuels. Sur les côtés, on voit la prochaine péripétie d’Anatole avant même qu’elle ne lui arrive. Espérons que les prochaines escales du spectacle protégerons mieux la magie de la scène.

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