L AUTRE
de Florian Zeller
Mise en scene de Thibault Ameline
Lumieres de Quentin Vouaux
Creation Sonore de Madjo
Avec : 
Jeoffrey Bourdenet
Carolina Jurczak
Lieu : Theatre de Poche Montparnasse
Ville : Paris
Le : 01 12 2015
© Pascal GELY
L’Autre par Thibault Ameline

Le choix de la prudence

Jusqu’au 31 janvier au Théâtre de Poche (Paris Montparnasse), du mardi au samedi à 21h, dimanche 15h – réserver en ligne ou par téléphone 01 45 44 50 21

eugene pas contentPetit plateau, décor et régie minimalistes, texte psychologisant sur l’amour, personnages stéréotypés et robe légère, on a là un produit de théâtre qui fera écho aux mots et aux tracas de nombreux amoureux, en ne prenant aucun risque, ni dans le texte, ni dans la mise en scène, ni dans la direction des comédiens – le choix de la prudence.

Il y a un grand cube noir qui fait figure de lit, un homme qui remet sa chemise blanche en silence, et une jeune femme endormie. Quelques phrases qu’on a déjà entendues quelque part puis un troisième homme, en gros pull, l’air morose.

Puis des mots dans lesquels beaucoup de couples se reconnaîtront, sur les débuts d’une histoire, et très vite sur l’impossibilité de la vie à deux, l’adultère, la solitude, l’échec de la communication.

Poncifs de la vie sentimentale à deux

Apparaît la figure de L’Autre, imaginé par l’auteur Florian Zeller tantôt comme son alter ego à lui tantôt comme son amant à elle, toujours comme un fantôme insinué entre les amants. Certaines parties du texte sont assez bien menées – celle sur le dialogue intérieur de l’homme seul, sur le paradoxe de la vie à deux qui rend impossible précisément la vie à deux. On croit alors que l’on va pouvoir, au fil de la pièce, déchiffrer les mécanismes de ce couple, approfondir ce qui se joue là, entre ces personnages.

Mais le texte reste finalement superficiel dans des poncifs de la psychologie sentimentale. Il y a quelques joutes amoureuses assez jubilatoires, quelques mots qui font tilt… Mais quand la dernière réplique sonne, demandant “Comment en est-on arrivé là ?”, on se dit que c’est une bonne question en effet, on pensait d’ailleurs que la pièce apporterait une réponse.

On aurait aimé aussi des personnages plus réels, plus nuancés que ces figures stéréotypées. Car l’amant est exactement comme on imagine un amant, grand, brun, chemise blanche et teint hâlé type chef de produit marketing chez l’Oréal ; le mari, figure d’écrivain raté dépressif, est exactement comme on imagine un écrivain raté dépressif ; la femme est belle. Elle est belle et il nous semble dommage que pour parler d’amour on en soit encore à allonger une jolie femme sur un lit en carton, dans un esprit plus proche d’une pub pour shampoing (l’Oréal toujours, la femme et son amant sont bien assortis) que d’une pièce psychologique sur la vie de couple.

C’est d’autant plus dommage qu’on sent que cette comédienne – comme les deux autres comédiens d’ailleurs – a quelque chose d’autre dans les tripes, une énergie et une vérité qui affleurent par moments et ne demandent qu’à sortir.

On n’a pas envie de pardonner à un metteur en scène de miser davantage sur la tenue et brushing de sa comédienne que sur son potentiel dramatique pour raconter son histoire, et on souhaite à ces jeunes comédiens de pouvoir travailler plus souvent pour des projets plus respectueux de leur talent.

L AUTRE de Florian Zeller Mise en scene de Thibault Ameline Lumieres de Quentin Vouaux Creation Sonore de Madjo Avec : Jeoffrey Bourdenet Benjamin Jungers Lieu : Theatre de Poche Montparnasse Ville : Paris Le : 21 09 2015 © Pascal GELY

Une mention particulière pour Benjamin Jungers toutefois, déjà remarqué dans un spectacle dansé du même nom, L’Autre, donné au Théâtre du Vieux Colombier en février 2015. Il se démarque par son interprétation juste et sans artifice, donnant une belle matière humaine à son personnage.

Crédit photos : Pascal GELY

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *