Masculines5(c)Laurent Philippe
Masculines par Héla Fattoumi et Éric Lamoureux

Variations graphiques sur le corps féminin

Jusqu’au 16 janvier au Tarmac (75020)

eugene indifferentInterroger les stéréotypes féminins pour mieux y semer le trouble: voilà l’ambition de Masculines, création de la compagnie Fattoumi/Lamoureux datant de 2013 et mettant en scène sept danseuses. Ce spectacle très abouti sur le plan visuel se rêve énergique et subtil, mais peine à trouver le chemin de notre cœur.

Héla Fattoumi et Éric Lamoureux ne manquent pas de reconnaissance : ils sont installés sur la place chorégraphique depuis les années 90, Chevaliers des Arts et des Lettres et régulièrement récompensés pour leurs créations, qui ont passé avec succès toutes les épreuves imposées. À leur actif, plus de 30 pièces qui forment une réflexion d’ensemble sur “la fâme”, et surtout celle qui vient d’Orient. Masculines s’inscrit dans ce parcours tout en se voulant plus universel.

Épopée graphique et picturale

La scène du Tarmac est grande et très haute de plafond. Dans le noir quasi-complet, une étrange bête pleine de pattes se déplace, avec comme seule bande-son le bruit de ses propres pas. Une réinterprétation mouvementée des Bains turcs d’Ingres suit. Les tableaux se succèdent les uns aux autres : les transitions sont rapides, les compositions abouties, la recherche picturale évidente.

Noir de la scène, panneaux de lumière, beiges des peaux sont les trois ingrédients principaux de ce voyage graphique sur le thème du corps des femmes. Les costumes, entre le beige et le blanc, deviennent leurs prolongements. La création sonore de Lamoureux est juste : entre électro et rock, elle joue avec le bruit de la peau des danseuses et les silences. Les partis-pris esthétiques, minimalistes avec quelques saillies pop, sont assumés et très bien mis en œuvre.

Masculines6(c)Laurent Philippe

Masculines mais pas féministes

On est admiratif devant tout ce brio de mise en scène, mais dubitatif quant au propos sous-jacent. Il est question du corps des femmes, des injonctions sociales qui l’entourent, tout ça vu par le regard d’un homme. Les couches de sens s’additionnent, contrairement aux couches de vêtements des danseuses qui, elles, disparaissent. Que cherche-t-on à nous dire ? La nudité est très présente, parfois gratuite, quelquefois franchement complaisante. Fattoumi et Lamoureux cherchent notre malaise avec insistance, tant et si bien qu’on refuse de leur donner.

Les femmes ne s’approprient pas ce corps qui est le leur, et le récit qui en découle paraît bien désincarné. En cherchant à tout prix à parler à notre cerveau, ils passent à côté de notre cœur. Enfin, si la troupe se veut diverse sur le plan ethnique, les danseuses n’en restent pas moins toutes jeunes, jolies et féminines : l’ensemble est une variation autour des standards actuels de beauté, et ne semble pas chercher la variété des représentations. Tout ça nous laisse avec l’impression que c’est le regard de l’homme qui a triomphé, tout en pensant sincèrement s’être mis au service des femmes.

Avec qui y aller ? Un ami photographe, un fumeur de cigare.

 

Crédits photo : Laurent Philippe, 2015

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