Editions austreales 14
Ruy Blas ou la folie des moutons noirs par Axel Drhey

Don Salluste ressuscité

En tournée en 2016 (voir les dates communiquées par la compagnie au pied de la page)

Laeugene3 terreur règne dans la puissante Espagne où les pauvres sont les plus exposés à la prédation de Don Salluste, ministre des finances. Déchu par la reine, il n’a désormais que la vengeance à la bouche, et pour arriver à ses fins, un moyen tout trouvé : se servir de son valet Ruy Blas, épris de la ravissante monarque, pour la séduire et signer sa perte. Le domestique, qui rêve de s’approcher un peu plus près des étoiles, saura-t-il s’affranchir de son encombrant maître ? La réponse dans cette comédie enjouée, où le rire n’est jamais loin et la musique toujours en embuscade.

Cupide, arrogant et cabotin, Don Salluste représente la quintessence du ministre des finances dans l’Espagne des Habsbourg, au 17e siècle. Son avidité finit cependant par lui jouer des tours. La reine, qui l’a pris en grippe, se saisit d’un prétexte – une aventure avec une servante – pour signer sa disgrâce. Mais le vieux grippe-sou n’a pas dit son dernier mot.

C’est le moment où son valet, Ruy Blas, éperdu d’amour pour la reine, entre en scène. Salluste se met en tête que Ruy Blas peut charmer la reine en lui faisant revêtir les habits d’un Grand d’Espagne – son neveu expédié aux barbaresques.

Mais la chenille devenue papillon, si elle se laisse manipuler dans un premier temps, se rebelle progressivement. Pourtant, Salluste, lui, ne veut pas lâcher son but ultime : compromettre la reine avec son amant.

Roi d’Espagne et du rap

Éternelle histoire de la pauvresse transformée en duchesse grâce à un Pygmalion plus ou moins bienveillant… Thème que l’on retrouve jusque dans Itinéraire dans un enfant gâté de Claude Lelouch. Tout le monde se souvient de l’interprétation follement cabotine de Louis de Funès dans La Folie des grandeurs.

Ici, la référence est explicite, assumée, mais Axel Drhey renouvelle le genre avec talent, grâce à une mise en scène novatrice. Elle repose presque entièrement sur la performance unique et le bouillonnement contagieux de Mathieu Alexandre, interprète de Don Salluste, qui fait oublier De Funès en réinventant le répertoire de pitreries.

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Le texte de Victor Hugo n’a, lui, pas pris une ride. Sa modernité retrouve toute sa force et se marie admirablement avec les références plus modernes. Le texte est d’ailleurs bourré d’allusions à l’actualité, ce qui le rend séduisant pour un jeune public a priori réticent au théâtre romantique.

Le roi d’Espagne apparaît ainsi sous les traits d’une brute capricieuse et narcissique qui déboule sur scène avec un ego trip entièrement en rap. Comme dans les pièces antiques, un chœur débrouille régulièrement les nœuds de l’intrigue pour le spectateur sur un ton doux-amer, façon Philippe Katerine.

Dépasser la “folie des grandeurs”

Et quand la reine se plaint de l’ennui inhérent à sa condition, sa servante, une “duègne”, s’anime pour lui répondre depuis le cadre où elle est figée, comme les personnages vivants dans les tableaux dans la saga Harry Potter.

L’ambiguité sexuelle est bien présente, renforcée par le jeu de Mathieu Alexandre : Ruy Blas n’est ni plus ni moins que la “chose” de son maître qui décide des bras dans lesquels il veut le placer. Et comme pour en souligner le ridicule, le rôle de la duègne jadis interprété par Alice Sapritch, divine de rigidité, est repris par un homme.

Derrière le rire, certaines répliques font mouche et nous ramènent à une actualité plus douloureuse, preuve supplémentaire de la modernité du texte hugolien. “Les riches, c’est fait pour être toujours plus riches, et les pauvres encore plus pauvres. Pour avoir tenté de mettre un terme à cette règle fondamentale, lui qui était de basse extraction, Ruy Blas échappe de peu à un complot ourdi par la noblesse espagnole attachée à ses privilèges.

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Il conclut sa partition sur un avenir incertain, tout comme la reine, laquelle s’est entre-temps éprise de lui. Car la reine n’est plus la godiche rigide et inconséquente du film de Gérard Oury (La Folie des Grandeurs, 1971) mais une authentique héroïne romantique, prise au piège de forces qui la dépassent. Dépasser l’original ? Pari réussi pour Ruy Blas ou la folie des moutons noirs, l’histoire d’un “ver de terre, amoureux d’une étoile”.


Les dates de la tournée

  • 7 janvier 2016 à 14h00 et à 20h30 – Théâtre Le Mairais – Challans (85)
  • 23 janvier 2016 à 21h00 – Centre Culturel El Mil.Lenari – Toulouges (66)
  • 27 janvier 2016 à 20h30 – Salle municipale – Margny-Lès-Compiègne (60)
  • 29 janvier 2016 à 20h30 L’Illiade – Illkirch Graffenstaden (67)
  • 26 février 2016 à 14h30 et à 20h30 – Mjc – Crépy en Vallois (60)
  • 11 mars 2016 à 20h30 – La scène – Limours (91)
  • 15 mars 2016 à 20h30 – Centre Culturel Jacques Prévert – Villeparisis (77)
  • 19 mars 2016 à 20h30 – Auditorium Michel Petrucciani – Montélimar (26)
  • 24 mars 2016 à 20h30 – Carré Bellefeuille – Boulogne Billancourt (92)
  • 08 avril 2016 à 14h30 et 20h30 – Théâtre municipal – Castres (81)
  • 3 mai 2016 à 20h30 – Théâtre de Saint Dizier – Saint Dizier (52)
  • Samedi 15 octobre 2016 à 20h00 – Les Comédiales – Aulnoy Lez Valenciennes (59)

Crédit photo : Editions Austreales

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