repetition
4.48 Psychose par Sara Llorca et Charles Vitez

Croisement des genres audacieux mais hésitant

Au Théâtre de l’aquarium – Cartoucherie, du 2 janvier au 21 février 2016, durée 1h10 – (pour y aller)

Dans cette adaptation de 4.48 Psychose de Sarah Kane, Sarah Llorca et Charles Vitez expérimentent le croisement entre différents genres : théâtre, musique électronique, danse et chant, sous la forme d’une succession de tableaux ; si certains d’entre-eux sont beaux, l’ensemble peine à fonctionner de façon fluide, sans pour autant affirmer une rupture nette et volontaire.

Des rencontres entre disciplines intéressantes mais rigides

Partant du texte de Sarah Kane, dramaturge anglaise phare au destin controversé, Sarah Llorca et Charles Vitez optent pour la libre interprétation. 4.48 Psychose est la dernière des cinq pièces qu’elle a écrites, et précède d’un an son suicide en 1999 ; il y est question de la névrose d’une jeune femme et de la relation qu’elle entretient avec son psychiatre, mais aussi de son projet de se suicider, à 4h48.

La forme très brute du texte, sans réplique, sans personnage et sans didascalie, est ici distribuée entre plusieurs personnages et entités : Sarah Llorca, comédienne, incarne la femme en lutte contre elle-même au centre de la pièce. Elle est accompagnée d’Antonin Meyer Esquerré, qui joue son médecin, de Mathieu Blardone et Benoît Lugué, musiciens, et enfin de DeLaVallet Bidiefono, danseur.

La pièce s’organise en une succession de tableaux ; certains sont assez poétiques, mais la cohésion entre eux paraît parfois floue. Leur enchaînement, quelquefois brutal et saccadé, peine à laisser monter la tension propre au texte initial. Peut-être cela tient-il à leur durée : les tableaux sont courts, mais pas assez pour imposer un rythme rapide. Leurs limites respectives sont également très marquées, et laissent difficilement les différents moyens d’expression se faire écho les uns aux autres de façon souple ; ils semblent vivre côte-à-côte plus qu’ensemble.

La scénographie, assez sage et très symétrique, offre tout de même certains effets intéressants – notamment grâce au reflet métallique des chaises, disposées de façon très géométrique durant la majorité de la pièce.

c/ Adrien Berthet

Des acteurs talentueux mais timides

Le croisement entre les différents registres est audacieux, et bien qu’il manque encore de naturel, le travail entre texte et musique est prometteur. À ce sujet, on déplore toutefois certains effets, qui dénaturent l’aspect initialement intimiste du spectacle. L’utilisation du micro par Sarah Llorca lors de certaines séquences musicales, par exemple : on aimerait entendre sa voix nue en association avec le travail de mixage intéressant de Mathieu Blardone.

De la même façon, le duo qu’elle forme avec DeLaVallet Bidiefono dans l’une des scènes finales est beau ; mais le chant, dont on ne comprend ni l’arrivée, ni le contenu, nous laisse perplexe. En revanche, la performance de danse de Bidiefono, qui exprime physiquement une névrose verbale, nous paraît plus claire et ajoute une dimension supplémentaire à l’ensemble.

Ainsi, on a l’impression de ne pas jouir pleinement des qualités certaines de chacun des intervenants de ce spectacle, qu’on sent presque coupés dans leur élan. On aurait aimé les voir s’épanouir davantage et évoluer avec plus de libertés. Après tout, avec un texte traitant de la folie, peut-être que le cadre aurait pu s’agrandir… pour faire place à tout cette énergie qui ne demande qu’à se déployer.

Avec qui y aller ? Un curieux des nouvelles initiatives et de la rencontre des genres, un digne représentant de la génération Y.

Crédit photos : Adrien Berthet

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