La Barque le Soir
La barque le soir par Claude Régy

L’ennui et le virtuose

Du 09  au 27 mars au théâtre des Amandiers de Nanterre, durée environ 1h15 (pour y aller)

Ce quasi seul en scène raconte l’histoire d’un homme à la dérive. D’aucuns diraient qu’il aperçoit une barque. Mais la barque n’arrive qu’à la toute fin du spectacle, et nous ne voudrions rien spoiler. Restons sur l’histoire d’un homme qui se noie.

La pièce se joue face à quelques gradins. Du noir absolu en transition vers l’obscurité surgit un homme : de l’homme il ne reste que la forme humanoïde, des mots articulés du bout des lèvres, une voix d’outre-tombe. Face public, en avant-scène, il délivre son texte avec une virtuosité que même les sceptiques lui accorderont. Son corps se tord sur place tandis qu’il raconte péniblement un périple de noyade, comme un arbre centenaire dont le tronc aurait subitement décidé de s’animer.

Une virtuosité gâchée ?

Yann Boudaud est impressionnant de constance et d’intensité tout au long de cette heure, évoluant au ralenti sur une scène dans la pénombre. Cette même scène, éclairée avec finesse par un revêtement lumineux au sol et un adroit jeu de projecteurs, semble aussi vivante que l’acteur qui s’y trouve. Tout est mu par une vie interne profonde, en résonance avec la nature. On sent presque les vibrations de la mort.

Et pourtant, on se demande bien pourquoi. Car si on est techniquement admiratifs, cette constance engendre une forme d’ennui, d’inattention, voire de ridicule. Doit-on attaquer frontalement le spectateur sans jamais réellement changer de rythme ou d’effets tout au long de la pièce ? Le texte est-il assez fort pour mériter un traitement si obsessionnel ? L’a-t-on vraiment entendu ou écouté ? En sortant, la grande question qu’on se pose est : « Tout cela, pour ça ? »

Libres questionnements sur la poésie scénique

Peut-être faut-il être mieux préparé pour assister à ce genre de spectacles ; un spectateur averti, à la recherche d’une expérience hors du commun, pourra y trouver un certain plaisir. Et ce, d’autant plus que la pièce n’est pas longue. Mais les autres risquent fort de ressentir la dilatation du temps comme une sorte de prise d’otage. Car si jouer avec l’espace et le temps est fort, n’aurait-on pas envie d’un texte qui résonne, soit par sa forme, soit par sa qualité ? Par ailleurs, les très belles images qui surgissent des interactions finales, et qui relèvent presque de la danse, n’auraient-elles pu être développées, pour que s’exprime davantage la poésie des corps ?

Avec qui y aller ? Un amoureux de la pénombre, les plus ponctuels de vos amis (retardataires refusés), un vieux de la vieille qui n’a toujours pas changé d’avis sur la poésie scénique.

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