Atelier des 200
L’atelier des 200 par la MC93

À l’essai

Prochaine session en juin 2017 à la MC93 (pour se tenir au courant)

Le Rhinocéros a pu participer à la 7e édition de l’atelier géant de deux jours de la Maison de la Culture de Bobigny, cette année hébergée par le Nouveau Théâtre de Montreuil, le temps des travaux de la maison mère. Il en est ressorti conquis. Récit.

Parmi les participants, quelque chose qui s’approche d’une diversité maximale. Des femmes, des hommes, des petits et des gros blancs, des moyens noirs avec des dreadlocks, des grandes rousses, des visages lumineux, des regards apparemment éteints, des désinhibés, des très timides, des qui vont se planter au milieu de la scène pour improviser un triple saut façon patinage artistique sans que personne ne leur ait rien demandé, d’autres qui se collent au fond la scène, des qui ont 18 ans et que l’on sent pétris de leur jeunesse, des qui ont 65 ans et que l’expérience fait marrer, une majorité de débutants et d’amateurs, quelques jeunes et moins jeunes professionnels

Interagir avec des inconnus parfaits

Tous ceux-là que nous laissons dans le silence au quotidien. Nous ne leur parlons pas, ils ne nous parlent pas. On s’observe, parfois, par petits coups d’œil, on s’épie, mais on se laisse sans parole. Un prénom ? Un âge ? Une activité ? Une passion ? Non, rien.

C’est au moins pour cette raison qu’il est assez incroyable de participer à atelier des 200 de la MC93 (Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis). Sa 7e édition a eu lieu le week-end dernier au Nouveau théâtre de Montreuil, pendant les travaux de réfection de la MC93.

Cette raison, c’est la suivante : pouvoir interagir avec des inconnus parfaits, d’une façon très inédite et absolument inimaginable dans la vie sociale normale. Voyez plutôt : qui ne vous enfermerait pas si au milieu de la chaussée, un lundi matin vers 8h30, vous vous approchiez d’un passant, et vous lui glissiez avec un regard dense, et sérieux, « I love you ». Le quidam, agressé, vous jetterait un regard outré, et passerait sa route. Plus loin, au feu rouge, vous vous agripperiez à une mamie, tout sympathique, et lui diriez en hurlant, « non, ne pars pas ». Vous en repartiriez, au minimum, avec un bon coup de parapluie sur la tempe, au pire un pschitt paralysant de bombe au poivre.

Et ce ne sont que deux des exercices auxquels les 200 (en vrai 120) participants des ateliers se sont livrés, sous la houlette de chorégraphes et metteurs en scène professionnels.

Puis, on se surprend à créer du lien

Au début, tout le monde est un peu sur ses gardes. Puis la décontraction allant croissante, chacun se lâche et se surprend à tisser du lien. Il y a Martine qui veut croiser interventions sociales et pratiques de comédien. Il y a cet autre étudiant en première année à l’université après un bac théâtre qui veut faire de la comédie. Une autre encore qui, arrivée à la moitié de sa carrière dans les réseaux culturels français à l’étranger, a sauté le pas d’une école de théâtre et se jette à l’eau. Dans deux mois, elle aura terminé l’effervescence de l’école et devra mener ses premiers projets ; on sent le partage d’excitation et de flippe chez elle.

Il y aussi ce jeune métisse, avec des lunettes, moins de 20 ans à vue d’œil avec lequel on échange un cadeau imaginaire avec toute l’authenticité dont on est capable. Tel autre, telle autre, tel autre encore, nombreux pendant le week-end… quelques minutes pour se fixer droit dans les yeux, sans cligner, en se regardant au fond des pupilles, et en essayant même parfois de s’imiter jusque dans le rythme des respirations.

Et puis, on partage ses divergences aussi. Cette professeure de lettres à la retraite qui a œuvré toute sa carrière « au rayonnement de notre belle langue tout au long de sa carrière » et ne supporte pas les coupes dans un texte de Molière. « Mais si, tout est permis, tout tout tout tout, vous m’entendez, tout ! », lui rétorquera le Rhino, par provoc’ ! Ses cinq fils, dont l’un d’eux est lui aussi comédien et joue à Paris. Dans un nom de Dieu de théâtre aux normes de rien du tout mais qui ne ferme pas du fait des accointances politiques du maître des lieux, nous raconte-t-elle. Glissant que quand le petit passe à la maison, elle lui fait du bifteck parce que « je sais qu’il ne se nourrit pas bien ».

L’un des exercices de groupe les plus concluants au goût du Rhino était sans paroles. Celui d’Enora Rivière, danseuse, chorégraphe et auteure. Elle met les 120 participants en mouvement. Puis, touche au hasard dans cette foule l’épaule de l’un et de l’autre. Et lui dit à l’oreille : « Je tombe », « je vole ». Un message que l’élu redit à haute voix à la foule. Charge à cette personne, au groupe dans son entourage immédiat, soit de rattraper l’élu, soit de la faire voler. Chacun doit être à l’écoute de son voisin. Prêt à le retenir, prêt à lui servir de marche-pied.

Doublement instructif et riche, cet atelier fait bouger en si peu de temps. On bouge dans son rapport individuel au jeu, à la troupe, au théâtre, mais aussi dans son rapport à la société.

Avec qui y aller ? Un crispé et un kiné. 

Crédit photo : MC93, édition 2015 de l’atelier des 200.

Une réflexion sur “L’atelier des 200 par la MC93

À l’essai

  1. Pour y avoir participé pour la première fois lors de cette dernière édition, je confirme la bienveillante richesse de l’expérience. L’expérience du théâtre à plusieurs, celle où l’individualité doit trouver sa pertinence dans le collectif. Mais aussi tout simplement l’expérience humaine très émouvante que l’exercice sous-tend, chercher le beau avec de parfaits inconnus, se fondre le temps d’un week end dans la sensibilité de l’autre et l’inviter à rejoindre la nôtre en retour.
    2017 parait bien loin.

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