Crédit photo Pascal Victor. Artcomart.
Roméo et Juliette par Eric Ruf

Nouvelle lecture

Jusqu’au 30 mai 2016. Durée 2H45 avec entracte.

eugene plutot contentAprès une soixantaine d’années d’attente, à l’occasion du quatre-centième anniversaire de la mort de William Shakespeare, la Comédie Française présente une fois de plus Roméo et Juliette, une mise en scène par Eric Ruf qui porte un nouveau regard sur l’œuvre de Shakespeare.

Avant que le rideau ne se lève complètement, la musique du bal retentit et le public entre déjà dans la situation. Une scène de bal se déroule devant nos yeux sur un rythme parfait, une atmosphère de fête animée, mélangeant chant, danse et rires mais aussi la bagarre qui annonce la tension entre les deux familles et fait avancer l’intrigue.

L’insoutenable légèreté de l’amour

Le nouvel administrateur général de la Comédie Française déplace l’histoire de Roméo et Juliette dans les années 1930 au sud de l’Italie, l’Italie pauvre de l’entre-deux-guerres, ce qui donne une nouvelle façade au monde shakespearien. Nous y trouvons un Roméo à la fois impulsif et hésitant, interprété par Jérémy Lopez, une Juliette qui, derrière un corps de jeune fille fragile, révèle une âme rebelle, forte et passionnée, incarnée par Suliane Brahim. Le metteur en scène ne cherche pas à souligner davantage la dimension romantique de cette relation, ou à décrire un couple idéal et tragique qui s’est sacrifié pour l’amour. Il nous montre un amour spontané, simple et ardent entre deux adolescents.

Il nous montre aussi une violence cachée, indifférente et autoritaire dans un monde d’adulte. Roméo et Juliette s’aiment comme les jeunes garçons et les jeunes filles de leurs âges, mais cette simple relation amoureuse est écrasée par le poids de la haine de deux grandes familles et la violence de la société.

Un regard en recul et inquiet

Eric Ruf montre cette relation amoureuse avec inquiétude, recul, et compassion. Les deux amants sont aux prises avec des crises incessantes même au moment le plus romantique de leur relation, la fameuse scène de la déclaration du balcon où les amants se jurent à la vie à la mort leur amour. Sous une lumière bleue et sombre, les vers de Shakespeare sont déclamés avec ardeur par Juliette en équilibre sur un balcon étroit et vertigineux, sans aucune protection, un pied dans le vide à plusieurs mètres de hauteur. Dans la salle, il règne un silence absolu, le public étant pris par cette situation inquiétante, ému par cette déclaration frappante. Cette contradiction confirme également la volonté de l’héroïne et suggère le danger de cet amour.

Roméo et Juliette, ce jeune couple qui ne sait pas naviguer dans le monde adulte, réagit de manière téméraire sans mesurer le danger et le risque. Tous leurs efforts ne parviennent finalement qu’à la mort. La pièce se termine au moment où Juliette se plante le couteau plusieurs fois dans le ventre, le sang s’écoulant sur sa belle robe blanche. Elle tombe, comme son Roméo. Le metteur en scène refuse la réconciliation par un tel prix.

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Une belle distribution

Jérémy Lopez et Suliane Brahim cohabitent avec leurs rôles. Ils essaient de trouver un équilibre entre l’incarnation des personnages et une certaine distance critique, en variant la voix et le jeu corporel, qui déroulent l’intrigue et renversent les situations. Si ce n’est pas toujours très réussi, cela permet tout de même au public d’avoir un nouveau regard sur le stéréotype amoureux de Roméo et Juliette.

Les personnages secondaires sont incarnés par d’excellents comédiens : Danièle Lebrun interprète Madame Capulet, une femme marionnette toujours vêtue comme une poupée, dominée par son mari joué par Didier Sandre. Pierre Louis-Calixte incarne un Mercutio sublime dans sa complexité.

Le metteur en scène, également scénographe de cette pièce, a construit différents espaces avec de grands blocs de pierre gris blanc à l’allure antique, ce qui rajoute une atmosphère mélancolique et glacée.

Les costumes de Christian Lacroix sont remarquables, chaque costume correspondant parfaitement au caractère du personnage et à son univers. Ils sont également symboliques. Par exemple, les robes des filles sont de couleur pastel, matières légères et fragiles, les costumes des garçons sont modernes, avec des couleurs froides, monochromes et dures, qui reflètent leurs places dans la famille et ainsi dans la société.

Avec qui y aller ? Ceux qui vous aiment, ceux que vous aimez, ceux que vous détestez, ceux qui vous détestent.

Crédits photos Pascal Victor. Artcomart.

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