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Billy the Kid, I love you par Loo Hui Phang, Rodolphe Burger, Julien Perraudeau, Fanny Michaëlis et Philippe Dupuy

Rimbaud au Far West

Les 9 et 10/04/2016 à la Ferme du Buisson, à Noisiel | Pour y aller

eugene3 Dans une performance scénique au croisement entre arts plastiques et musique, Billy The Kid devient l’incarnation de la révolte adolescente et romantique et du désir d’absolu dans un Far West aux lois cruelles.

De Billy The Kid, de son histoire, du mythe qu’il a incarné y compris après sa mort, on connaît finalement peu de choses en France. Le brigand quasi-prépubère, contemporain de Jesse James et de Calamity Jane, et un insupportable gamin rouquin et couvert de tâches de rousseur dans la bande-dessinée Lucky Luke. Pourtant, dans une mise en scène totalement novatrice présentée pour la première fois au Festival Pulp, Billy The Kid devient l’incarnation même de la révolte adolescente, un jeune poète romantique au milieu des grands espaces de l’Ouest américain.

Billy The Kid représente aussi cette capacité si américaine à se réinventer. Né dans la misère absolu à New York, Henry McCarty – puisque c’est le nom que lui donne sa mère – émigre avec les siens vers le Nouveau-Mexique, “l’endroit le plus sec des Etats-Unis”. Il se change alors en Henry Bony, un nom qu’il aime “parce qu’il l’a choisi” avant de devenir pour tous, “The Kid”, le meilleur tireur de l’Ouest. La bande de malfrats qu’il rejoint alors a à sa tête un certain Jesse Evans, personnage misérable, qui tue et vole pour un rien.

Mal-être adolescent

The Kid est d’abord fasciné par la vie de brigands, qui lui paraît dans un premier temps répondre à son idéal d’absolu et de liberté. Il finira par comprendre que les bandits, que l’on dit libres parce qu’ils n’obéissent à personne, sont en fait esclaves de leur propre peur et de leur propre cupidité, comme “des chiens affamés qui courent après une carcasse vide”, ainsi que les décrit Billy. Les “Boys”, la bande de Jesse Evans, travaille d’ailleurs en sous-main pour “The House” (“la maison”), sorte de conglomérat mi-mafieux m-institutionnel qui a mis la main sur le commerce de viandes et le trafic de vaches et de troupeaux avec l’assentiment de l’État américain. On peut donc y lire en creux une critique du capitalisme à l’américaine et de son avidité destructrice.

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Sa rencontre avec Tom, un gentleman anglais aux manières raffinées, capable de réciter de mémoire des pages entières de Walter Scott (l’auteur de Ivanohé) va agir comme une révélation sur Billy. Tom va permettre à ce “garçon qui s’ennuie”, de mettre des mots sur son mal-être, sur sa rébellion. Des mots qui sont en fait ceux de Lord Byron, célèbre poète romantique anglais, et qui reviennent à plusieurs reprises tout le long de la pièce, comme un mantra : “Dès ma jeunesse, mon âme se tenait des autres âmes ; je ne voyais pas la terre avec les yeux des autres hommes ; je ne partageais pas la soif de leur ambition”.

Hélas, Jesse Evans ne supporte pas que son poulain lui échappe et après avoir abattu Tom, son mentor, il finira par avoir à son tour la peau de Billy The Kid, pour reprendre une expression utilisée dans les westerns. Symboliquement, Billy the Kid, dont le nom est rayé à l’écran au moment de sa fin tragique, meurt avant d’avoir pu être libre, avant d’être devenu un homme.

Mystique de la frontière

Le propos est ici magnifiquement servi par la forme. Les auteurs signent une véritable performance artistique, à la croisée de tous les arts : littérature, cinéma, musique, dessin, arts plastiques. Performance réalisée, qui plus est, entièrement en direct. L’histoire de Billy The Kid nous est contée en voix off par Pierre Perrier (aperçu dans Les Revenants) et accompagnée en direct par deux musiciens qui interprètent des morceaux du concept-album Billy The Kid de Kat Onoma. Sur scène, pas d’acteurs mais seulement trois panneaux qui diffusent en permanence des extraits de vieux westerns américains en noir et blanc.

Sur ces panneaux, deux dessinateurs réalisent en direct tout au long du spectacle des dessins qui viennent illustrer la voix off, comme un moyen de montrer comment l’histoire de Billy The Kid vient se greffer à la grande Histoire, celle de la conquête de l’Ouest. La mystique de la frontière revient régulièrement comme une obsession dans les pensées de Billy. Une forme féminine aux formes généreuses apparaît quand Billy l’évoque, “elle”, LA frontière. Dans sa bouche, la frontière devient l’incarnation tout à la fois du désir érotique et du désir d’inconnu. Mais la conquête de l’Ouest est une période cruelle et dure, un “Moyen-Age” comme on l’explique en voix off. Et pour l’avoir oublié, Billy The Kid le paiera de sa vie.

Avec qui y aller ? Un rétif aux westerns, un ado mal dans sa peau, un lecteur de Rimbaud.


Crédit photo : Philippe Dupuy

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