RICHARD III - LOYAULTÉ ME LIE - WILLIAM SHAKESPEARE
Un spectacle de Jean Lambert-wild, Elodie Bordas, Lorenzo Malaguerra, Gérald Garutti, Jean-Luc Therminarias et Stéphane Blanquet.
Répétitions au Théâtre de l'Union, CDN Limousin.
Limoges 04 11 2015
©Tristan Jeanne-Valès
Loyaulté me lie par Jean Lambert-Wild

Fête foraine macabre

En tournée en France toute l’année 2016 | Durée : 2h | Pour y aller

eugene3Jean Lambert-Wild nous livre l’histoire de Richard III comme une farce dans un univers de fête foraine macabre. On aime énormément les partis pris forts et assumés de la pièce, et son immense inventivité, en regrettant toutefois que les effets scéniques et le jeu contrasté des comédiens prennent parfois le dessus sur le texte.

Ce qui frappe tout d’abord, c’est le décor, sorte de grande boîte peinte de motifs colorés, ouvertes de plusieurs cadres comme autant de mini-scènes, à mi-chemin entre le freakshow et la fête foraine. Conçu par l’artiste Stéphane Blanquet, cet espace fabuleux permet d’extraire l’histoire de son contexte pour la situer dans un lieu et une époque indéfinissables : on n’est ni en Angleterre ni ailleurs, ni à aucun siècle précis… On est en réalité dans un théâtre, qui symbolise le monde, fidèle à l’esprit shakespearien. On suit un homme qui se croit puissant maître de son destin, manipulant les autres comme des poupées, sans se rendre compte qu’il n’est lui-même qu’un pantin prisonnier d’une baraque de fête foraine…

Clowns féroces

Les comédiens sont deux clowns, drôles, pathétiques, glaçants. Jean Lambert-Wild interprète un Richard III blafard, tordu, violent comme un enfant mal-aimé. S’il est très juste dans ce rôle de bouffon tragique, il manque toutefois du charisme qui caractérise habituellement ce personnage. On aurait aimé un Richard III plus séducteur, plus fascinant : on aurait cru davantage aux scènes de séduction, où toutes les femmes cèdent à la fascination qu’il exerce sur elles.

Elodie Bordas interprète tous les autres – reines dévastées, Buckingham le complice, sbires… Elle se métamorphose avec une énergie et une aisance remarquables, tantôt clown tantôt tragédienne, interpellant un public enthousiaste, activant le décor, maniant micros, poulies et accessoires pour donner vie à tous ces personnages qui entourent Richard III.

Les deux comédiens font montre d’une énergie et d’une conviction communicatives, et réussissent à embarquer le public ; on regrette toutefois un jeu trop crié et une diction parfois approximative. Ils gagneraient sans doute en force et en émotion à être plus posés et plus en lien avec le public…

RICHARD III - LOYAULTÉ ME LIE - WILLIAM SHAKESPEARE Un spectacle de Jean Lambert-wild, Elodie Bordas, Lorenzo Malaguerra, Gérald Garutti, Jean-Luc Therminarias et Stéphane Blanquet. Répétitions au Théâtre de l'Union, CDN Limousin. Limoges 27 10 2015 ©Tristan Jeanne-Valès

Du rire à l’effroi, au rire, à l’effroi, au rire…

Tout est fait pour nous rappeler qu’il s’agit d’une farce ; une farce sanglante et tragique mais surtout absurde, comme la vie.

Le décor de fête foraine permet une constante distanciation par rapport au tragique de la pièce. Les scènes de violences – les nombreux meurtres notamment – sont traités avec une immense inventivité comme des jeux de chamboule-tout ou de tir sur ballons de baudruche, comme des barbe-à-papa dévorées ou des tourbillons de confettis rouges qui font exulter nos deux clowns… Cet univers nous mène constamment de l’effroi au rire, de la surprise au dégoût.

Distanciation parfois trop grande cependant : si la mise en scène nous captive et nous surprend, elle prend parfois le pas sur le texte ; on est trop occupé à regarder pour pouvoir entendre… Les ressorts de l’histoire ne sont pas toujours faciles à comprendre. Les effets scéniques et jeu même des comédiens, passant de tragédie à bouffonnerie, nous empêchent d’accéder à toute l’émotion et la profondeur du texte, même lors des scènes déchirantes de désespoir ou de violence.

On retient toutefois le dernier tableau, magnifique, où un Richard III cerné par ses ennemis et par ses remords, littéralement suspendu à un fil dans une scène de bataille, livre enfin ses pensées profondes. Le texte résonne de toute sa beauté, et on a alors le sentiment de comprendre un peu mieux les tourments de Richard III et les raisons de cette folie meurtrière dans laquelle il s’est perdu.

Avec qui y aller ? Un fan de Shakespeare qui croit avoir tout vu, un artiste plasticien, votre petit frère lycéen qui dit que le théâtre, c’est chiant.

RICHARD III - LOYAULTÉ ME LIE

Crédits photos : ©Tristan Jeanne-Valès

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