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Superbarrio par Jacques Hadjaje

Authentique et fantastique

Du 08/03 au 17/04/2016 au théâtre 13 (durée: 1h40) | Pour y aller

Comment raconter ce spectacle sans en dire trop ? La force de la Compagnie des Camerluches tient dans l’énergie des comédiens, l’écoute sur le plateau et l’ingéniosité de la mise en scène. La trame raconte la joyeuse et probable histoire de Suberbarrio que l’on voit s’envoler un soir dans le ciel de Mexico – titre officiel de la pièce écrite et mise en scène par Jacques Hadjaje – dans un décor bien pensé et sans intellectualisme aucun.

L’histoire aurait de quoi être sérieuse : suite à un tremblement de terre violent, un quartier entier se retrouve abandonné en ruines, délaissé des pouvoirs publics et privés, car trop peu solvable pour susciter un engagement politique en sa faveur. Surgit alors un homme masqué qui défend la cause des siens, suscitant l’agitation des foules et l’inquiétude de l’establishment. Il se nomme Superbarrio, utilisant ironiquement le terme « barrio », qui signifie quartier, voire bidonville, en Amérique latine.

Or, si l’histoire est tirée de faits réels qui mènent Superbarrio à un intense bras de fer avec la très puissante entreprise mexicaine de ciment, la pièce prend vite son indépendance et du recul par rapport à une lecture historique, pour se concentrer sur l’essentiel : qui pouvait bien entourer un personnage si fantasque ?

Une fantaisie écrite, jouée et scénique

La fantaisie commence dans l’écriture. Dès son premier monologue, on comprend que Superbarrio est un illuminé dans son genre. Il s’en va enfiler le masque de catch et jouer au Zorro des temps modernes sur un coup de tête en voyant un graffiti d’amour sur un mur. Il se laisse dorloter par sa petite soeur, jouit du statut d’amant d’une strip-teaseuse et ne sort plus qu’en habit de catch. Mais il n’est pas le seul : chacun des personnages est doté d’un super-pouvoir ou de caractéristiques absurdes – comme la capacité à léviter ou carrément des ailes d’ange – et chacun flirte, à sa manière, avec la réalité. Chaque personnage est double, comme le travesti, les ratés, les flics véreux et la liseuse de cartes.

Heureusement, le jeu des acteurs et leur terrain scénique gardent cette fantaisie. Tantôt une trappe s’ouvre pour une confession intime, tantôt un pan du décor se soulève pour révéler une maison close, parfois des valises tombent du ciel pour habiller les anges. Rien n’est laissé au hasard et pourtant tout nous surprend, nous amuse, reconfigure l’espace et les rapports. La scène est un vaste jeu, et les acteurs comme les spectateurs s’en délectent.

Jouer sans perdre de vue l’essentiel

Dans ce spectacle très bien ficelé il aurait pu être tentant de se contenter d’une précision technique et d’un rodage de pure forme. En effet, impossible de ne pas realiser que tout est savamment calculé, des accords du musicien sur scène jusqu’aux pas de danse et aux effets comiques. Et pourtant, le spectacle garde une fraicheur et une vie interne constamment renouvelée. Chaque moment est traité avec précision mais intensément vécu, avec mélo s’il le faut, avec humour ou sérieux sinon, et pleinement investi.

Ce spectacle représente l’une des formes les plus authentiques et merveilleuses de théâtre. Authentique parce que proche des racines presque carnavalesques d’un genre qui est né dans les foires  – et pour le peuple de la rue plutôt que celui des salles moulées et dorées –, merveilleuse par ce qu’il a de calculé et adroit. Il peut embarquer tous types de spectateurs et cela se voit – en salle nous avions entre 8 et 90 ans, et nous nous sommes tous pris au jeu.

Avec qui y aller ? Tout le monde ou personne, aucun risque de froisser mamie ou les beaux-parents.

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Crédit photo : Laurent Morteau

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