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L’irrésistible ascension de Monsieur Toudoux d’après Georges Feydeau par Dimitri Klockenbring

Touchant arriviste

Du 10 mai au 12 juin au Théâtre 13 | Durée : 1h30 | Pour y aller

eugene3D’après l’oeuvre de Georges Feydeau, dramaturge de la Belle Epoque, l’histoire d’une revanche sociale et la peinture d’une époque où la bourgeoisie prend progressivement l’ascendant sur la vieille aristocratie. Du bon Boulevard agréable à regarder et – une fois n’est pas coutume – presque sans vulgarité.

Adaptation très libre de trois pièces emblématiques de George Feydeau, Léonie est en avance, On purge bébé et Mais n’te promène donc pas toute nue !, L’irrésistible ascension de Monsieur Toudoux rénove complètement ce genre – le Boulevard bourgeois du début du 19e siècle – qui n’est plus enseigné que dans les ateliers théâtre de Versailles.

Nous suivons ici l’ascension sociale très progressive dans la France de 1900 de Toudoux, un marchand de porcelaine aux origines sociales modestes, marié à une fille de l’aristocratie. La pièce les suit depuis la naissance de leur premier enfant, baptisé “Toto” (diminutif de… Hervé), jusqu’à ses 14 ans.

Toudoux, comme Adrien Deume dans Belle du Seigneur d’Albert Cohen, est le prototype du jeune homme aux dents qui rayent le parquet mais travaillé par le doute. Sa belle-mère, caricature de femme au foyer “de la haute”, méprise cordialement son gendre, qui le lui rend bien. Malgré les obstacles, malgré les vexations, Toudoux parviendra à faire son trou et à gravir les échelons qui le mèneront à devenir sénateur face à son allié de jadis, un vieux militaire qui répond au doux nom de Chouilloux.

Bourgeois contre aristos

Car derrière le schéma hyper-classique de la comédie de moeurs, c’est une histoire de revanche sociale qu’on a voulu retenir dans cette adaptation de Dimitri Klockenbring. Histoire emblématique de l’ascension, avec l’émergence de la démocratie, de la petite-bourgeoisie. Celle-ci vient remplacer l’aristocratie vieillissante, condamnée à la courtiser, comme le général Chouilloux, voire à sombrer dans la démence (comme la belle-mère de Toudoux). Symptomatique de ce changement d’époque : même la pratique du duel, cette vieille marotte des aristos décadents, est joyeusement tournée en ridicule.

Mais Toudoux, comme son nom l’indique, c’est aussi un nouveau type d’homme, plus “doux”, plus civilisé que ceux qui l’ont précédé, les vieux barbons comme le général Chouilloux. Bien que mal assorti de prime abord, le couple Toudoux parvient progressivement à ses fins, aidé par l’entregent de Madame (qui fait parfois appel à sa mère) et un petit coup de pouce du destin : la perte d’un bras qui attire à notre anti-héros la compassion des membres de son parti politique. À ce titre, dans la peau de Madame Toudoux, Emilie Cazenave joue remarquablement bien le rôle de la fausse ingénue, celle qui dit toujours tout haut ce que tout le monde dit tout bas et parvient à provoquer des catastrophes salvatrices par ses remarques faussement maladroites.

Sur un beat de Noir Désir

Heureusement, la pièce a été puissamment modernisée et épurée de “ses bruits de claquements de porte” pour reprendre l’expression du metteur en scène. Comprendre : débarrassée des vulgarités inhérentes au Boulevard de l’époque. Dieu merci, ici, pas d’amant dans le placard (seulement une belle-mère), pas de Jacques Balutin, pas de grimaces dignes d’un vieil épisode de “Au théâtre ce soir” rediffusé tard le soir sur France 3.

Ainsi, les notes rock de Un homme pressé de Noir Désir accompagnent l’ascension de notre Bel-Ami lors du noir entre les scènes. Et les changements de décor à chaque acte témoignent des changements dans la vie des Toudoux et de leur progressive ascension sociale. On démarre sur l’habitat modeste d’un jeune couple qui vient de s’installer et attend son premier enfant. On poursuit sur un appartement au design indéniablement seventies pour terminer par un intérieur profondément bourgeois.

Le Rhinocéros est parfois un peu réticent face à l’humour façon Dîner de cons basé sur l’humiliation des faibles, surtout quand ces derniers sont issus d’un milieu modeste et deviennent la risée des bourgeois. Toudoux est touchant dans son désir d’ascension, dans sa rage à laquelle il laisse parfois libre cours face à sa propre impuissance. En dépit de la cruauté inhérente à ce type de comédies, on est presque soulagé de voir un dénouement heureux. Car ici, même si Toudoux réussit “malgré lui”, sa revanche est totale. Et Dieu que ça fait du bien.

Avec qui y aller ? Un fan de vaudeville qui veut un regard neuf, vos parents, vos anciens amis de l’atelier théâtre de quand vous aviez 14 ans.


 

Crédit photo : Compagnie Théâtre de l’Homme

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