Impatience 2016 - Compagnie L'An 01 - ADN © Jacob Chetrit (3)
Acide Désoxyribonucléique de Dennis Kelly par Yohan Bret

Nager dans son costard

Tournée à venir  | Durée : 1h15 | Pour contacter la troupe

eugene indifferentLe Rhino avait vu ADN mis en scène il y a un an par une troupe amateur. Il en avait retenu une histoire sordide, où le trouble adolescent transpire de tous les personnages. Il en avait retenu du jeu, une ambiance, un malaise qui colle à la gueule plusieurs heures, le tout avec des petits moyens scéniques. À La Colline, un an plus tard, la scénographie marque la pièce d’une empreinte démesurée. On y perd la force de l’histoire et les comédiens.

L’histoire n’est pas compliquée : un groupe d’amis « s’amusent » avec Adam, qui a l’air d’être leur tête de Turc habituelle. Ils s’amusent à tel point, qu’un après-midi, réunis dans les bois, ils cognent sur Adam, lui lancent des pierres et finissent par le faire tomber dans un puits très profond et très noir. Il est mort.

L’histoire parle d’un malaise, et demande qu’on l’incarne

Cynique, Sam, l’un d’eux, décrète qu’ils vont maquiller l’accident et faire porter le chapeau à un pauvre bougre du coin. De préférence un gros, aux vilaines dents. Un postier est inculpé, les voilà couverts.

C’est sans compter sur Adam : il a survécu et végète dans les bois, simplet après la chute. Faut-il l’achever ? Le laisser poursuivre une vie de troglodyte à manger de la terre ? Avouer le méfait collectif ? S’entêter dans la tromperie ?

L’histoire parle d’un malaise, et demande qu’on l’incarne. Une chose qui a manquée, pour Le Rhino dans l’interprétation de la Cie l’An 01.

Si la scénographie est là, magnifique, omniprésente, recherchant dans chaque demi-centimètre carré à occuper l’espace, le jeu échappe souvent.

Les moyens d’un Théâtre national se voient

À l’ouverture du spectacle, de grands voilages habillent l’avant-scène inondés d’un bleu océan. Des voilages qui vont être dépouillés au fur et à mesure. Sam se chamaille avec une autres des amis d’Adam dans une nacelle suspendue dont les traits émergent d’un grand rond orangé projeté au fond de la scène, mode soleil couchant et safari au Kenya. Plus tard, on change les références : la troupe se masque dans l’esprit de Slipknot, et là c’est Meurtre à la tronçonneuse. Les câbles qui tombent du plafond, divisent l’espace et habillent la scène donnent dans le chaos post technologique, genre Planète des singes.

Et ainsi de suite : les décors et les jeux de lumière sont à ce point présents que les références peuvent fuser. Et c’est normal parce que dans le texte de Dennis Kelly, il y a du Cold Blood, du Petite Meurtre entre amis, de la Merditude des choses, de l’American Psycho… Nous sommes dans un théâtre national et, crise ou pas de la culture, il demeure des moyens que n’a pas une troupe amateur. Et ils se voient.

On perd la simplicité, on a du mal à entendre l’histoire

Problème : où sont les comédiens ? Certains sont timorés. D’autres ne parlent pas assez fort ; non pas qu’il faille hurler pour être juste, bien au contraire. Mais se faire entendre, a minima, s’il vous plait.

Où sont la force et la simplicité de l’histoire ? Pourquoi l’amie de Sam doit-elle être en sous-vêtements au bout de dix minutes ? C’est con, on l’écoute moins alors qu’elle est parmi les plus convaincants de la troupe.

Adam sort-il vraiment d’un mois de vie en forêt ? Vous êtes l’idée de la sauvagerie, de la folie, lui dirait-on sans doute Ariane Mnouchkine. Mais le jeu manque d’esprit. Alors que le texte de Kelly ne parle que de ça, pourtant, de la psychologie. La psychologie d’un groupe d’ados en proie à eux-mêmes, à leurs rêves, à leurs pulsions, à leur envie de se dominer et de s’abîmer.

Avec qui y aller ? Lucie, votre petite cousine qui se fait poser des bagues la semaine prochaine.


Crédit photo : Jacob Chetrit

2 réflexions sur “Acide Désoxyribonucléique de Dennis Kelly par Yohan Bret

Nager dans son costard

  1. Comme c’est hargneux. Rageur. Et rempli de frustration. Celui ou celle qui a écrit ces lignes doit être un acteur frustré, un metteur en scène frustré ou un mal baisé.
    J »‘ai vu ce spectacle qui est grandiose. Grandiose d’intelligence, de jeu d’acteur, de finesse et d’humilité. Mais forcément, ça dérange . Et la jalousie parle.
    Je suis triste de lire ça. Lire qu’il y a autant de gens animés par la frustration, la haine et la bêtise.
    Je ne sais pas qui tu es , mais tu n’arriveras jamais à la cheville de la qualité de ce spectacle, et quoi que tu fasses, car tes motivations intérieures sont pourries.

  2. Bonjour,
    Et merci de votre commentaire. On se réjouit toujours des échanges de vues au Rhinocéros. Je suis l’auteur de ces lignes et, oui, je fais du théâtre en amateur. Donc, sans doute, je dois bien qualifier pour un « acteur frustré, un metteur en scène frustré ou un mal baisé ». J’espère que vous aurez vu que je faisais l’effort dans mon texte de ne pas descendre un travail scénique et des comédiens gratuitement. Dire ce qui m’avait intéressé, et ce qui m’avait désintéresser avec franchise. D’autant plus que c’était la deuxième fois que je voyais ce texte mis en scène avec des approches très différentes. Voilà vous en savez plus. Amitiés. Benjamin Polle.

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