Figaro Divorce au Montfort en mai et juin 2016
Figaro divorce de Ödön von Horváth par Christophe Rauck

Tout un cinéma

Jusqu’au 11 juin à Le Monfort Théâtre | Durée : 2h15 | Pour y aller

eugene indifferent
Dans le Figaro Divorce de Christophe Rauch, il y a un esprit de cinéma musical muet. Une succession de scènes minutieusement dessinées, le plus souvent richement habillées, défile sous nos yeux, tout du long accompagnées d’un piano toujours à vue sur scène. Les chants d’opéra et l’intelligente utilisation de la vidéo font beaucoup.

On découvre les personnages, ceux de Beaumarchais que nous avions laissés dans Le Mariage de Figaro avant la Révolution française, sur une scène plongée dans le noir. Christophe Rauck avait déjà monté la classique affaire de mœurs à la Comédie-Française en 2007.

Figaro Divorce prolonge Le Mariage de Figaro. Christophe Rauck poursuit le travail sur le personnage de Figaro. C’est une suite, doublement.

La nuit, quelque part en Europe, entre-deux-guerres. Le Comte Almaviva, campé de bout en bout par un Jean-Claude Durand impeccable, fuit une révolution qui met cul par dessus tête la vieille aristocratie à laquelle il appartient.

Sur le mur de fond de scène, on aperçoit seulement l’ombre chinoise des bois d’un rêne. La bête traînasse dans le bois humide que le comte, sa femme, et leurs valets, Figaro et Suzanne, traversent. De l’autre côté de la frontière, ils auront fui les émeutes populaires, à l’abri d’un statut d’immigré qui s’avèrera de moins en moins enviable.

Passé cette déambulation introductive, pleins feux sur la scène : un piano surélevé passe de cour à milieu de scène, et Nathalie Morazin donne le “la” d’un Figaro – opéra dont la troupe ne se départira plus. 

La pianiste et chanteuse lyrique donne aussi la réplique. Elle y tient le rôle de Fanchette, la fille du jardinier du château d’Almaviva, qu’ils viennent de fuir. Si elle passe des chants à la parole avec peps, son jeu est un cran en-dessous de ses camarades.

Pourtant, ses airs et ses chants, ainsi que ceux de Jean-François Lombard, un autre chanteur lyrique invité sur scène, donnent à la pièce des airs de cinéma musical.

Autant de façons d’interpréter l’histoire que de percevoir le jeu

Un sentiment pugnace, tant la vidéo est présente. Elle est moteur dans la mise en scène, oriente le jeu des comédiens et façonne intelligemment la perception du spectateur.

Quatre caméras (si le Rhino a bien compté) filment en direct des images qui sont ensuite projetées en fond de scène, puis sur un second écran en avant scène un peu plus tard dans la pièce.

Quand les Almaviva arrivent au poste-frontière à la sortie du bois, des douaniers les interrogent. Eux, côté jardin, sont de profil vis-à-vis des spectateurs, mais de face par rapport à une des caméras (elles sont toutes sur pied et à vue sur la scène).

Leur image est projetée en arrière-plan alors qu’Almavia, interrogée sur les raisons de son entrée sur le territoire, fait bel et bien face au public, sur une chaise, seul en avant-scène.

Il y a un jeu de kaléidoscope qui donne de nombreuses dimensions à la perception de la pièce. Autant de façons d’interpréter l’histoire que de percevoir le jeu : voilà un recours à la vidéo qui n’est pas tarte et perce de tous côtés.

Soit la jugeote, soit l’honnêteté, faites votre choix

Figaro Divorce au Montfort

Bientôt, Figaro prend son congé d’Almaviva qui s’entête à croire que la révolte dans son pays n’est que passagère. Et qu’il sera bientôt rétabli dans son rang.

Figaro pousse Suzanne à lâcher leurs maîtres, convaincu de leur chute inexorable. Ils partent pour le lieu-dit de Grand Bisbille. Qui portera bien son nom et signera leur divorce.

Un mot de Cécile Garcia-Fogel (Suzanne) : d’un certain maniérisme de diction et de mouvement qu’elle affectionne (pour l’avoir déjà vue à l’œuvre dans le Phèdre du même Rauck au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis), il se dit qu’il subjugue ou qu’il dérange. Le Rhino a du mal.

À Grand Bisbille, Figaro reprend une occupation de coiffeur, voisine de celle du Barbier de Séville de Baumarchais qui donna naissance à son personnage. Leur amour se gâte. Suzanne accuse Figaro de faire des courbettes à toute la ville pour se maintenir à flot.

Au point de le faire cocu, et de précipiter son retour au château, dans le pays fui au début de la pièce et qui est désormais sous un nouveau régime. Figaro s’est renié, et sera rejoint par Suzane dans des retrouvailles teintées de fatalisme et d’aigreur. Et Figaro de conclure : dans la vie, c’est soit la jugeotte, soit l’honnêteté.

Avec qui y aller ? Quelqu’un de rasoir qui dit toujours que la vidéo ça ne sert à rien sur scène.


Crédit photo : Simon Gosselin.

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