Iliade de Pauline Bayle avec le collectif A tire d'aile
Iliade de Homère par Pauline Bayle et le collectif À tire d’aile

Des hommes, des dieux et du gros son

Les 7 et 8 juin 2016 dans le cadre du festival Impatiences 2016

eugene3Dans Iliade, la jeune metteure en scène Pauline Bayle et le collectif À tire d’aile se saisissent du texte mythique d’Homère avec tact et énergie pour nous raconter, à leur manière, cette fabuleuse histoire… Plateau nu, jeu sobre et belles trouvailles scéniques emportent public et personnages.

Raconte-moi une histoire

Achille est furieux. Cet ado chéri et orgueilleux, meilleur guerrier du peuple grec, a été humilié par le roi Agamemnon et refuse donc obstinément de prendre les armes dans la terrible bataille qui oppose son peuple aux Troyens.

Héra, épouse de Zeus, est terriblement vexée que le prince de Troie Pâris lui ait préféré la blonde Aphrodite. Elle hait donc les Troyens et va user de toute sa ruse pour favoriser les Grecs dans la bataille.

Lors de cette guerre sans merci, Hector, héros troyen, va tuer Patrocle, ami et amant d’Achille, ce qui déclenchera la fureur du jeune Grec et le lancera dans la bataille… jusqu’à l’affrontement final des deux héros.

Le héros, c’est le texte

Scène nue, quelques chaises et seaux posés ça et là, des comédiens simplement vêtus de noir : si ce type de décor n’est plus vraiment nouveau il s’avère ici être un parti-pris très pertinent, donnant toute sa place au texte qui peut résonner avec force dans cette boîte noire qu’est la scène. Texte qui est tantôt dit dans sa version originale tantôt repris à la sauce contemporaine.

Le jeu des comédiens également donne bien à entendre les mots d’Homère : il s’apparente la plupart du temps à une récitation, les cinq acteurs s’adressant directement au public avec une diction forte et (presque) impeccable, comme pour nous transmettre l’importance de ce qui est en train de se dire.

Les deux comédiennes, très convaincantes d’énergie et de force, représentent les héros ennemis, Achille et Hector. Les trois autres prennent au gré du spectacle tous les autres rôles, sans distinction de sexe ou de physique. Cette narration à plusieurs voix donne au spectacle un rythme entraînant et semble, là encore, bien en cohérence avec le texte qui reste avant tout une formidable histoire à raconter.

Impatience 2016 - Compagnie A Tire-d'Aile - Iliade © Pauline Le Goff (4)

Trouvailles scéniques

La première moitié du spectacle pose bien le décor et le principe de jeu, puis on se dit qu’on aimerait bien être un peu plus secoués, plus emportés…

On est pleinement exaucés dans la seconde moitié qui, tout en gardant les mêmes principes de mise en scène, offre de très belles trouvailles scéniques. Pour représenter la guerre notamment : les armures – habits de lumière – sont des paillettes couvrant les bras et le visage, le fleuve furieux malmenant Achille est de l’eau jetée à son visage, le combat final est d’une sobriété presque chorégraphiée, etc. Mieux encore, quand Poséidon vole l’éclair de Zeus pour venir en aide aux Grecs, c’est le micro qu’il prend pour jeter un rap bien senti sur le champ de bataille.

Ces effets, parfaitement dosés, donnent de plus en plus d’ampleur au spectacle à l’approche de la fin  : Achille entre dans le combat, une bande sonore énergisante galvanise la salle, on sent venir l’affrontement final des deux héros, et on se laisse emporter avec jubilation jusqu’à la fin du spectacle.

Impatience 2016 - Compagnie A Tire-d'Aile - Iliade © Pauline Le Goff (2)

Caprices des dieux

Dans Iliade on voit les dieux comme de grands ados un peu losers, colériques, plus vrais que nature, jouant nonchalamment de leur toute-puissance sur les hommes pour régler leurs petites intrigues personnelles (dans des scènes d’ailleurs très drôles). On voit aussi des héros fiers, forts, égoïstes, mus avant tout par leurs désirs de revanche ou leur orgueil. Ainsi les destins des peuples se jouent au gré des chamailleries des puissants, de l’orgueil des héros ou d’intrigues amoureuses supérieures… Toute similitude avec notre société contemporaine et ses grands hommes n’étant peut-être pas fortuite.

Mais Pauline Bayle nous montre surtout des êtres tourmentés, pleins de failles, entrant dans la violence pour échapper à une douleur comme Achille à la mort de Patrocle, pour se montrer digne de sa lignée comme Hector se battant jusqu’au bout malgré sa peur, ou pour surmonter un complexe comme le timide Poséidon. La jeune metteure en scène a bien saisi cette force du texte d’Homère, qui nous parle de l’humanité tout en nuances, sans aucun manichéisme, avec finalement une tendresse immense pour les hommes, leurs peines et leurs combats. Et on se dit en sortant que les dieux sont finalement des hommes comme les autres.

Promesses

Alors certes les suppliques des familles éplorées pourraient gagner en émotion, les récits de bataille avec force noms grecs et troyens sont parfois un peu fastidieux, mais il s’agit là d’un spectacle parfaitement calibré, d’une vraie recherche sur le sens de ce texte, de choix de mise en scène pertinents, de comédiens pleins de talent… et surtout d’un réel propos, de jeunes artistes qui ont réellement quelque chose à nous dire, quelque chose de finalement très actuel alors oui, un grand oui, le Rhinocéros adhère et suivra avec intérêt ce collectif plein de promesses.

Avec qui y aller ? Un historien, une fan des grandes épopées fantastiques, votre cousin lycéen convaincu qu’Homère est un vieux con et que la Grèce antique, c’est chiant.


Impatience 2016 - Compagnie A Tire-d'Aile - Iliade © Pauline Le Goff (3)

 

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